Que dire de Philippe Bilger, avocat général près la Cour d’appel de Paris, honorable magistrat en exercice qui a régulièrement apporté son soutien à Christian Vanneste et dénoncé tout autant les condamnations devant les juges du fond frappant l’élu du Nord que la loi sanctionnant les propos homophobes ? Si pour un membre du parquet, «La plume est serve, la parole est libre», que penser toutefois de ces charges répétées, en dehors de son enceinte juridictionnelle, pour des affaires dont il n’est pas saisi ? Est-ce à un membre de l’autorité judiciaire, chargée d’appliquer la loi, de porter la charge contre l’opportunité même de cette loi ?
Ainsi, Philippe Bilger, sur son blog, raille la réaction des associations homosexuelles suite à la décision de la cour de cassation se déclarant «très vite rassuré puisqu’en réalité ce qui la désespère au-delà du raisonnable constitue, au contraire, une formidable nouvelle pour la liberté d’expression, pour la démocratie». Pour l’avocat général, la cour de cassation, par cet arrêt, « affirme nettement, contre la loi (à mon sens clientéliste) du 30 décembre 2004, les exigences de la liberté d’expression et qu’elle le fait « sans renvoi » – donc avec une certitude telle qu’elle n’éprouve même pas le besoin de saisir une nouvelle cour d’appel». Le représentant du parquet rappelle qu’il avait, dans l’un ses ouvrages, « J’ai le droit de TOUT dire », consacré plusieurs pages à l’arrêt de la cour d’appel de Douai «pour démonter une mécanique intellectuelle qui brimait à ce point la liberté d’expression qu’elle confondait l’offense singulière et l’analyse générale». «on nous a généreusement dispensé, dans les médias, les commentaires réprobateurs des groupes et associations homosexuels qui se préfèrent au principe républicain de la liberté pour tous» avance encore Philippe Bilger alors même que ces groupe et associations se réfèrent uniquement au principe républicain d’Egalité pour tous.
En soutenant de manière répétée et publique Christian Vanneste, en se félicitant de sa réélection, en critiquant les condamnations rendues par ses pairs frappant l’élu du Nord, en se félicitant désormais de son absolution par la cour de cassation, contre l’avis même de son homologue à la haute juridiction et en dénonçant la loi sanctionnant les propos homophobes, l’honorable magistrat va bien au-delà. Que penser si cet accusateur public se retrouve à défendre la société en cas de poursuites d’un citoyen pour les mêmes faits qui ont valu à Christian Vanneste deux condamnations, en première instance et en appel avant son absolution ? Le représentant du parquet devant la cour d’appel de Paris défendrait-i, au nom de la société, la victime de propos homophobes, en audience, avec la même ferveur qu’il défend publiquement, en dehors, Christian Vanneste? A n’en pas douter, les écrits de Philippe Bilger sont du pain béni pour les avocats d’un accusé qui serait poursuivi pour propos homophobes. Quant à l’auteur de ces écrits, sa tendance à se mouvoir davantage en législateur qu’en magistrat heurte avec autant de vigueur un autre principe démocratique, non pas celui de la liberté d’expression, mais celui de la séparation des pouvoirs.
Autre fervent défenseur de Christian Vanneste et qui se félicite de cette décision, François Billot, président de la fédération banque finance et assurance de l’UMP, et qui était déjà l’auteur d’un livre titré L’Affaire Vanneste, la mise à mort de la liberté d’opinion.
La Fondation de Service Politique, groupe de pression catholique qui lance également une pétition contre les actions gouvernementales contre les discriminations homophobes en milieu scolaire, qu’elle qualifie de «propagande des lobbies gays à l’école», a mis en ligne son analyse de la décision de la cour de cassation. Pour François Billot, «il faut désormais démanteler la loi de 2004 sur la Halde» car «La France s’est dotée d’un dispositif aberrant, qu’il faut démanteler dans les meilleurs délais», législation initiée et adoptée par le parti même où il exerce des responsabilités sic. François Billot estime que la loi instituant la Haute Autorité pour la Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (Halde) est«objectivement liberticide», «une loi bâclée, car inapplicable».
L’UMP n’a toujours pas officiellement réagi suite à la décision de la cour de cassation.
EN SAVOIR PLUS
Le blog de Philippe Bilger : www.philippebilger.com.
L’interview de François Billot sur le site de La Fondation de Service Politique : www.libertepolitique.com.
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