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Cameroun : libération d’un condamné pour homosexualité

(NDR : Vous trouverez ci-dessous la contribution que nous a fait parvenir un jeune journaliste camerounais concernant le sort de Patrick, jeune gay emprisonné du fait de son orientation sexuelle et qui vient d’être libéré.)

Les mots lui manquent pour qualifier le terrible cauchemar qu’il vient de vivre. C’est avec un «ouf» de soulagement qu’il a accueillit la nouvelle de sa libération intervenue quelques jours avant la fin de sa peine. Ce Vendredi 26 Janvier 2006 à 18 heures, lorsque Patrick, 24ans, foule le seuil de la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, il a l’impression d’y avoir passé une éternité. «Pourtant ce n’était que 11mois 6jours» ironise t il. Le motif de la peine ? «Homosexualité» Pendant que les portes de ladite prison se referment derrière lui, loin de l’euphorie, une multitude de questions envahit déjà son esprit. «Que vais-je devenir ? Où vais-je aller ? Chez qui ?» s’interroge t il.

Pourtant, à ses débuts, l’histoire était toute simple. Suite à un vol de téléphone portable par un ami de longue date, Patrick dépose une plainte dans un commissariat de Yaoundé. L’objectif étant de rentrer en possession de l’appareil dérobé. Des recherches de la police conduisent finalement à l’arrestation du voleur. Après avoir entendus les deux parties, la police établit un procès verbal portant un motif de vol. Le lendemain, lorsque Patrick revient pour besoin d’enquêtes, il est surpris par les déclarations de son voleur qui soutient avoir eu des rapports sexuels avec lui pendant des années. Ce dernier lui réclame une grosse somme d’argent «pour dommages et intérêts».

Des lors, commence la descente aux enfers. «J’ai été entendu de nouveau. Ne reconnaissant pas les faits, j’ai été menacé plusieurs fois par les policiers. Sous la panique et la peur, j’ai été contraint d’avouer que j’étais homosexuel.» témoigne Patrick . Un second procès verbal sera établit par les éléments de l’ordre avec pour motif, cette fois-ci «Homosexualité». Le 08 février 2006, Patrick est arrêté. Deux semaines plus tard, il est transféré dans une cellule du Parquet d’Ekounou à Yaoundé sous un mandat de dépôt. Le 21 février 2006, il est condamné à 1an de prison ferme et 25 000 FCFA d’amende à verser au trésor public, Nicolas, le voleur de téléphone portable à 1an de prison ferme et 200 000 FCFA à verser à Patrick .

Violation
La condamnation de Patrick et Nicolas survient après un ensemble de rackets, traitements inhumains et de violations diverses. «On m’a fait baladé de commissariat en commissariat. Je ne sais pas d’où venaient les ordres d’extraction. A cause du motif, je n’avais droit à rien. J’étais traité comme un animal. Mon téléphone portable sur écoute et tous mes sms lus. Pendant les enquêtes, le procureur de la République a exigé un examen médical pour attester que nous sommes homosexuels. L’examen a eu lieu au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Yaoundé par un professeur en médecine désigné spécialement pour l’occasion. Ce dernier, sous une table d’accouchement, nous a ausculté le rectum à l’aide d’un appareil.» raconte, amer, Patrick. Les résultats de «l’examen médical» seront directement transmis au parquet d’Ekounou à Yaoundé comme «preuves». Durant le procès, les sms du téléphone portable de Patrick sont lus devant la cour par le procureur de la république.

Réinsertion
Le déferrement de Patrick et Nicolas à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé ne passera pas inaperçu. Les médias nationaux s’emparent de l’affaire et en font large écho. Ce qui conduit à la marginalisation et à la persécution des deux prisonniers. Brimades, agressions verbales homophobes, agressions physiques, chantage, maladies, famine, conditions de vie et d’hygiène minables sont le quotidien de Patrick en prison. Aujourd’hui le calvaire de Patrick est loin d’être terminé. Après 11 mois de prison, il n’a ni travail, ni argent, ni amis «Je vis caché, à l’abri de tous. Je n’ai aucun soutien familial. Apres l’injustice que j’ai subit, je ne sais pas comment faire pour me réintégrer dans cette société ou tout le monde me regarde comme un paria.» lâche t-il.

Prince Erick (Jeune journaliste camerounais)

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