TaPaGeS (TransPdGouines de Strasbourg) la
7me Marche de la Visibilit Homosexuelle, Bisexuelle et Transgenre de
Strasbourg
Plus de 70 personnes ont manifest avec TaPaGeS (TransPdGouines
de Strasbourg), OtR (Over the
Rainbow) et STS (Support
Transgenre Strasbourg) ce samedi 14 juin l’occasion de la 7me Marche de la Visibilit Homosexuelle,
Bisexuelle et Transgenre de Strasbourg. Le mot d’ordre choisi cette anne
par les organisateurs de la Marche tait : Ados Trans Homos, du
mal-tre au suicide : AGISSONS !
Notre
pink-black-red block (notre arc-en-ciel nous) affirmait : Nous ne
voulons pas d’un monde plus tolrant , nous voulons un monde
diffrent
Tract diffus lors de cette Marche :
Tract
NOUS NE VOULONS PAS D’UN MONDE PLUS
TOLRANT
NOUS VOULONS UN MONDE DIFFRENT
Nous sommes mortEs des millions de fois…
Cette anne, nous sommes mortEs assassine comme Sizakele Sigasa,
activiste lesbienne en Afrique du Sud, ou Luna, transgenre au Portugal ;
mortEs sous les coups de nos compagnons comme plus de 100 femmes en France ;
mortEs du SIDA comme 2 millions de personnes ; mort pendu comme Makwan, pd
iranien ; morte dfenestre comme Chunlan Liu-Zhang, sans-papire chinoise, mort
pendu comme John Mana, Kenyan sans-papiers de 19 ans, effrayEs par l’imminence
d’une expulsion.
La liste peut se poursuivre.
Elle est affolante.
Cette anne, nous avons failli mourir, assassin par l’tat franais
comme Hamid, pd rgularis de justesse avant expulsion ; suicidEs, comme
des centaines de jeunes ; comme des milliers de personnes LGBTI (Lesbiennes,
Gay, Bi, Trans’ et Intersexes), transiEs de honte, de peur, brisEs par les
mutilations, les stigmatisations, les harclements, la haine.
Ces morts,
toutes diffrentes, ont des causes politiques. Elles sont les consquences
directes des logiques meurtrires du patriarcat et du capitalisme. Elles en sont
les effets. Elles n’appellent pas la lente et patiente dconstruction des
oppressions. Elles appellent leur destruction : il y a urgence. Nous mourons
d’tre soumisEs un monde o les traitements relvent de la proprit prive ;
o le Nord fait la loi conomique et militaire du Sud ; o les vies, les dsirs,
les orientations sont hirarchises, donnant accs des privilges, o choisir
son genre est une pathologie ; o seuls circulent librement les capitaux. O il
existe des capitaux.
Nos morts et nos vies sont politiques
On nous renvoie la sphre prive, ses thrapeutes, des cellules de
soutien et de support. Que, dans nos souffrances, quelque chose soit chaque
fois singulier ne fait pas de doute : nous ne sommes pas interchangeables, nous
avons des histoires diffrentes. Pour autant, ce que vivent femmes, pds,
trans’, gouines, bi, trangerEs, putes, toxs, sropos, prcaires, jeunes,
vieux/vieilles, salariEs, taulardEs, aussi diverses soient les expriences,
n’est jamais totalement unique. Nous ne sommes jamais seulEs vivre ce que
nous vivons.
D’autres le subissent aussi. De cette communaut d’expriences,
il faut une faire une force. Une force dfensive : contre la violence sociale,
contre la normativit touffante et mortifre ; une force qui fasse peur : un
rapport de force.
Cela ne suppose pas d’additionner les minorits les
unes aux autres, de les empiler : nous ne sommes pas minoritaires, nous
sommes le plus grand nombre, celui qui n’a rien gagner jouer le jeu de la
concurrence et du profit, s’accommoder des rapports sociaux de sexe institus,
supporter plus longtemps le sarkozysme.
Sarkozy = morts
Le sarkozysme est une ignominie : celle des rafles, du chiffre, de la
peur de chacunE d’tre contrlE, arrtE, expulsE ; celle des vies
quotidiennes devenues prcisment invivables ; celle des franchises
mdicales de Bachelot (tu es malade, tu paies : double
peine) ; celle de la destruction mthodique de toute solidarit ; celle du
soutien mensonger apport aux flics lorsqu’ils provoquent la mort de deux ados
Clichy-sous-Bois ; celle du discours raciste de Dakar.
Tant de
brutalit, de hargne pour nous faire perdre ce que des gnrations, de luttes en
luttes, avaient russi conqurir : la retraite, la Scu, etc. Tant de
vulgarit pour servir la nouvelle maxime du pouvoir : chacun pour soi,
tout pour sa gueule . Nous avons bien failli ne pas en rchapper
et pourtant : nous sommes encore l, furieux/ses et firEs, plus mobilisEs et
intransigeantEs que jamais.
Nous avons contempl le PS et ses
satellites dfinitivement sombrer dans la glorification du drapeau franais, de
la famille, de l’ordre juste . Nous avons vu cette gauche montrer
son vrai visage : elle est couarde, opportuniste, de droite. Nous savons qu’il
n’y a rien attendre d’elle : tout au plus, quelques trahisons
supplmentaires.
L’insulte de la tolrance
Dans le
souci constant qu’a le capital d’apparatre respectable et dans le souci que
tous semblent avoir de tenter de le sduire, les gays et les
lesbiennes sont devenuEs une monnaie d’change, un petit plus
progressiste pour camoufler les projets anti-sociaux et racistes. On nous
exhibe pour faire la leon au monde entier ( Union europenne
fer-de-lance-des-droits-de-l’homme ), on nous promet des Pacs amliors
pour faire modernes. Nous sommes peut-tre idiotEs, mais nous n’avons pas la
mmoire courte : ils nous rvent dupes, nous n’oublions rien. Vanneste,
Boutin, Lellouche, Accoyer incarnent l’homophobie sarkozyste massive,
ostentatoire et fire de la droite. Le prsident, htrosexuel de
naissance , s’est d’ailleurs dpch, sitt lu, d’aller se faire bnir
par l’ignoble Benot XVI. Mais l’expression de leur haine dsormais est
prcautionneuse. On n’ose plus trop parler comme Vanneste. On applique en
revanche sa politique : en inscrivant l’ingalit dans la loi, support et
lgitimation de toutes les homo/transphobies quotidiennes. La droite, le
Modem, le PS, leurs amiEs se gargarisent sans cesse d’un mot, celui de
tolrance . C’est un symptme. On ne peut plus nous dtester
ouvertement. la place, on prche la tolrance. Seulement voil : nous ne
voulons pas tre tolrEs. La tolrance, c’est ce que le colon admet du
colonis, de ses coutumes et ses pratiques. La tolrance soigne et entrine
le rapport de force : ce sont toujours eux, les puissants, qui concdent le
droit de survivre, en condamnant nos rires hystriques, nos comportements
revches, nos allures de tapettes.
La tolrance, c’est la haine qui
se dguise en piti, le placard qui se referme moiti, le gris des vies
invisibles.
Elle trace la frontire de ce qu’on peut la limite
supporter.
Nous sommes insupportables.
Christopher Street Day
Insupportables quand nous
existons,
insupportables quand nous sommes heureux/ses,
insupportables
quand nous sommes visibles,
insupportables quand nous baisons.
Oui,
nous sommes insupportables et firEs de l’tre : nous ne sommes pas qu’une
succession de douleurs, de vexations, d’humiliations, d’agressions, de meurtres.
Nous possdons aussi une histoire lumineuse : des secrets, des complots, des
plans invraisemblables, des tendresses hallucinantes, des dsirs irracontables,
des amours dingues, des perversits polymorphes et sophistiques… Nous
sommes irrsistibles, drles et belles – parce que nous sommes furieux/ses et
impatientEs. Nous voudrions dpareiller dans une communaut
satisfaite d’elle-mme et rsigne, morne et accommodante.
Et cela nous met
de bonne humeur !
Nous ne nous rconcilierons pas avec un monde tel que
celui-ci.
La marche de la Visibilit qui nous mobilise aujourd’hui
doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais d cesser d’tre : une journe o
tendres et intraitables, graves et dchanEs, nous reprenons courage.
Une journe o nous clbrons celles et ceux qui, talons aiguille la
main, en 69, ont tenu tte aux flics plusieurs jours et nuits Christopher
Street, devant le bar Stonewall Inn.
Celles et ceux qui, par la suite,
ont fait de la marche ce haut lieu d’exhibitionnisme sexuel qui
fait tant horreur aux fascistes et qui, nous, nous ravit.
Celles et ceux
qui, de tout temps, vomissent les marchands et les tides. Celles et
ceux enfin qui, aujourd’hui, en Pologne, en Russie, bravent la peur, tiennent la
rue.
Dtruire et reconstruire
Nous n’avons la
tentation ni des enclaves ni des communauts, ni des ghettos ni des espaces
pseudo-librs. Ce n’est pas des abris dans le monde que nous cherchons, des
lieux ponctuellement et localement soustraits la violence de
l’htropatriarcat et du capitalisme. Nous voulons rester dans le monde : il
nous appartient. Pour que cela soit possible, il faudra bien le transformer.
De force dfensive devenir force offensive. Dtruire ce qui nous
dtruit et construire collectivement un monde habitable, intense, dbarrass de
l’oppression et de l’exploitation.
TaPaGeS, le 14 juin 2008
TransPdGouines de
Strasbourg


