En visite au Canada, le chef de la Communion anglicane, l’archevêque de Canterbury, Rowan Williams, a annoncé qu’il irait aux Etats-Unis pour se confronter à ses pairs américains et trouver une sortie de crise à celle qui agite depuis maintenant plusieurs années l’Eglise anglicane sur le sujet du mariage gay et de l’ordination d’évêques homosexuels.
«Les divergences sur certains sujets, en particulier la sexualité, sont devenues de plus en plus profondes et acrimonieuses et menacent de nous diviser» a-t-il déclaré, répétant ainsi une nouvelle fois la menace de schisme que connait la Communion anglicane, divisée entre progressistes nord-américains et traditionalistes pour la plupart représentant les Eglises africaines, majoritaires en nombre au sein de la Communion. Cette visite canadienne même ne doit rien au hasard, l’Eglise locale doit se réunir dans les prochaines semaines pour débattre de ces sujets et notamment sur le fait de laisser libre les diocèses canadiens de procéder à des cérémonies lors d’unions gays.
«S’il doit y avoir un changement de l’attitude de l’Eglise sur la question des homosexuels, j’espère que ce sera un changement de l’Eglise dans son ensemble» a prévenu l’archevêque de Canterbury qui semble se plier à la branche majoritaire traditionnaliste.
L’Eglise anglicane avait connu son dernier psychodrame avec la réunion en Tanzanie en février du synode général où les 38 églises nationales regroupant 77 millions de fidèles avaient conclu leurs travaux par un ordre exécutoire à l’attention de la branche américaine : qu’elle revienne sur les bénédictions d’unions homosexuelles et sur l’ordination d’évêques gays, estimant que le moratoire en place jusqu’alors était insuffisant pour réparer «les relations cassées» au sein de la communion. En sus, une date buttoir était donnée soit le 30 septembre prochain pour que la branche américaine clarifie sa position : se soumettre ou quitter la communion.
Le principal intéressé, Gene Robinson, homosexuel qui avait été ordonné évêque en 2003 et qui a été à l’origine de la crise, a rejeté l’ultimatum appelant l’Eglise épiscopale américaine à «poursuivre son travail d’évangile» sans revenir en arrière sur les questions LGBT et au risque de s’exclure de la Communion : «Le plus grand défi de Jésus n’a-t-il pas été de se sacrifier pour ceux qui étaient dans la marge ?» s’interrogeait l’évêque gay du New Hampshire pour qui «C’est le moment du courage, pas de la crainte».
Gene Robinson est également en opposition avec la présidente de la branche américaine, pourtant libérale et qui avait elle-même été attaquée en tant que femme primat d’une Eglise anglicane. Katharine Jefferts Schori avait déclaré que l’Eglise épiscopale devait faire des concessions «pendant une saison» jusqu’à ce que le climat s’apaise au sein de la Communion. «Comment expliquerons-nous cette «patience» à tous ces chrétiens gays et lesbiennes qui sont venus à l’Eglise épiscopale parce que, pour la première fois, ils ont cru qu’il y a un endroit pour eux à la table de Dieu (…)?» avait répondu Gene Robinson.
Le voyage aux Etats-Unis de Rowan Williams est annoncé pour «cet automne».
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