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Des ateliers santé pour barebackers en débat

La querelle et le clivage sur le sujet n’est pas nouveau, entre partisans d’un discours préventif basé uniquement sur les règles du safer sexe et ceux qui se veulent plus pragmatiques s’engageant dans la promotion de pratiques dites de Réduction Des Risques (RDR).

Avec des données épidémiologiques toujours inquiétantes, une pandémie qui a désormais plus de 25 ans, ces deux points imposent pourtant un double constat divergeant : l’échec relatif du seul discours basé sur le port du préservatif, alors même que c’est la méthode la plus simple et la plus efficace pour se protéger, face à des actions de RDR, plus réalistes, pragmatiques qui peuvent conduire des personnes qui ne se protègent plus, peu ou mal, à se réapproprier leur santé mais qui sont difficiles à mettre en oeuvre, aléatoires et aux incidences à long terme mal connues.

Aussi, un échange épistolaire entre Act Up et Aides remet le sujet en débat. A l’origine, des ateliers dits «santé sexualité barebackers» au sein des locaux de Aides Paris, initiés entre autres par un salarié de l’association mais en dehors de ses fonctions et sans que l’atelier qui a réuni une vingtaine de personnes pour sa première tenue ne soit présenté comme une action de l’association.

Pour Act Up «Qu’il y ait dans notre communauté des personnes qui refusent le préservatif, et qui en même temps souhaitent prendre soin d’elles et échanger sous forme d’atelier, après tout, dans ce format, cela pourrait se tenir. Mais que ces mêmes ateliers soient animés par un membre d’une grande association de lutte contre le sida telle que AIDES, et qu’ils soient organisés dans les locaux de la même association, cela nous inquiète et nous pose réellement question». Pour Act Up, santé et barebacking sont antinomiques et le flyer de présentation est remis en cause.

«En effet, quelle crédibilité ont les acteurs de la lutte contre le sida si d’un côté nous mettons en place un dispositif de prévention qui de l’autre serait bafoué par la tolérance ou la promotion de pratiques unsafe ?» s’interroge Act Up qui dénonce la promotion de ces ateliers auprès des établissements communautaires comme le fait que ces ateliers se tiennent dans des locaux de Aides.

A Marjolaine Dégremont, présidente d’Act Up, et Emmanuel Château, de la commission prévention, Aides a répondu.

«Tout d’abord, si AIDES n’a pas inscrit cette action dans son plan d’action c’est parce que ce n’était pas la demande du groupe. Mais nous pouvons assumer cette action comme étant une action de AIDES à part entière» avancent Vincent Vivet Président de AIDES Paris, Stéphane Calmon, Président de AIDES Nord Ouest‐Ile‐de‐France et Bruno Spire, Président de l’association AIDES.

La principale association nationale rappelle qu’elle souhaite s’adresser à toutes les personnes concernées par le Vih-sida sans jugement ni discriminations du fait de leurs pratiques : «Nous accueillons des personnes qui injectent leur substitution, nous accueillons des personnes qui ne prennent pas leur traitement, nous accueillons des personnes qui ne se protègent pas. Car c’est bel et bien en travaillant avec les personnes qui présentent des difficultés avec la gestion de leur santé que l’on pourra avancer en matière de prévention».

«Il ne s’agit pas de remettre en cause la norme préventive que nous avons toujours défendue, mais d’accepter le fait que la seule injonction à cette norme est insuffisante» avance Aides qui s’étonne cette fois à l’encontre d’Act Up : «Nous nous étonnons à notre tour qu’une association communautaire s’en prenne à des séropositifs qui ont du mal avec la prévention». Aides va plus loin en déclarant «refuser une approche moralisatrice ou tout simplement prohibitionniste de la prévention qui a pour seul effet de masquer la réalité des pratiques de certains gays en les stigmatisant et de les éloigner encore un peu plus des acteurs de prévention présents sur le terrain partout en France, ce qui est contreproductif», «On ne peut décemment pas invoquer continuellement une situation alarmante tout en ne proposant rien d’autre que ce qui a toujours été fait et qui montre visiblement ses limites».

Le sujet ne sera pas clos par cet échange, il aurait été plus productif que chacune des associations reconnaisse finalement les limites de leurs propres politiques.

EN SAVOIR PLUS

Le site d’Act Up Paris : www.actupparis.org.

Le site de Aides : www.aides.org.

Notre Portail Prévention : http://prevention.citegay.com.





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