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Les Oscars 2015 utilisés pour faire avancer la cause gay ou la cause gay utilisée pour remporter un Oscar ?

Ce long métrage, qui raconte comment le mathématicien Alan Turing a réussi à décrypter les codes nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, représente notamment une opportunité rare pour les défenseurs de la cause gay. Condamné pour homosexualité peu avant sa mort en 1954, le génie britannique est longtemps resté méconnu et a seulement bénéficié du « pardon royal » ainsi que du statut de héros de guerre en décembre 2013. Récompenser l’adaptation sur grand écran de son histoire lui assurerait donc une reconnaissance posthume populaire à coup sûr.

» La bande-annonce du film :

Mais il n’y a pas que les activistes qui ont relayé les appels à se mobiliser pour le film, et donc pour Turing. La Weinstein Company, la société de production à qui l’on doit The Imitation Game, n’a en effet pas hésité un instant avant de reprendre ce message. Par pur altruisme? Sans douter de la sincérité des studios à défendre le personnage principal, certains éléments montrent bien que leur démarche suit une stratégie de promotion bien rodée visant à décrocher une statuette plaquée d’or.

Combat politique

Le film biographique a été couvert de nominations. En lice dans neuf catégories aux Baftas et pour huit récompenses aux Oscars, il a bénéficié d’une belle exposition médiatique qui a pris un tournant militant mi-janvier quand Matthew Breen, le rédacteur en chef du bimensuel The Advocate, a lancé une pétition appelant la monarchie britannique à gracier les 49.000 hommes autrefois condamnés pour homosexualité au Royaume-Uni, à l’instar de ce qui a uniquement été fait pour Alan Turing en 2013.

Aujourd’hui signé par plus de 500.000 personnes, ce texte a largement été relayé dans les médias quand des membres de la famille de Turing, Stephen Fry ou encore Benedict Cumberbatch – qui tient le rôle principal dans The Imitation Game – ont publié une lettre ouverte dans le Guardian pour le soutenir publiquement.

L’adaptation de la vie du mathématicien britannique sur grand écran et toute l’agitation qu’elle a créée n’ont pas échappé à la Human Rights Campaign (HRC), le plus grand groupe de défense des droits LGBT aux États-Unis. L’organisation, qui avait simplement prévu de rendre hommage à l’équipe du film au cours d’un dîner de gala fin janvier, a rapidement rejoint le mouvement et s’est ensuite associée à la Weinstein Company pour publier une longue publicité dans les New York Times et Los Angeles Times invitant de but en blanc à « faire honneur » au film, à Turing et aux 49.000 autres hommes dans son cas.

Une opportunité pour l’Académie

L’homosexualité d’Alan Turing est-elle si présente que cela dans le film pour être érigée en argument de campagne dans la course aux Oscars? Si le sujet est abordé à plusieurs reprises, il est bien loin d’être au centre du biopic. Le long métrage ne se concentre pas non plus en détail sur la condamnation du personnage principal pour « outrage à la pudeur », ni sur la castration chimique qui lui sera imposée.

Mais l’annonce de sa nomination, et donc l’espoir de le voir récompensé par l’Académie, a motivé les associations qui attendent désespérément qu’un film dont le personnage principal est gay – aussi discret cet aspect soit-il – remporte une statuette. Malgré l’évolution des mours et de la société américaine, aucune production mettant en avant cette thématique n’a en effet jamais été sacrée dans la catégorie du meilleur film.

» Le favori de 2006 « Brokeback Mountain » perd face à « Collision »

Les nominations n’ont pourtant pas manqué: The Hours en 2003, Harvey Milk en 2009, The Kids Are All Right en 2011. L’Académie a cependant toujours passé son chemin. Son vote le plus controversé en la matière reste assurément lors de la cérémonie de 2006 quand Collision (Crash en VO), où s’entrecroisent violemment le destin de personnages qui ne se connaissent pas, l’a emporté face à Brokeback Mountain qui raconte l’histoire d’amour torturée entre deux cowboys du Wyoming de 1963 à 1983.

La fin justifie les moyens ?

Obtenir un Oscar est certes une récompense qui vient saluer le travail des équipes de production et les performances des acteurs mais c’est aussi le fruit d’un important lobbying qui commence des mois avant la remise des prix et qui s’intensifie à l’annonce des nominations. Et malgré les restrictions imposées par l’Académie il y a trois ans, les sommes dépensées par les studios pour faire parler de leurs créations restent extravagantes.

Dans un article publié fin janvier, le New York Times est revenu sur l’opacité qui entoure ces pratiques et a révélé que certains films avait bénéficié ces dernières années de campagnes de promotion à près de 10 millions de dollars et a estimé que quelques longs métrages indépendants avaient même vu leur budget publicité dépasser celui nécessaire à leur production.

Mais l’argent ne fait pas tout: les méthodes employées, elles aussi, pèsent dans la balance. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que toutes n’affichent pas le même niveau de subtilité. Les gigantesques panneaux publicitaires de la Weinstein Company qui reprennent sans détour le message « Faites honneur à l’homme. Faites honneur au film » pour The Imitation Game ont notamment surpris en laissant entendre que si l’on soutient la cause gay, on se doit de voter pour le biopic.

Harvey Weinstein, à la tête de la société de production, ne s’est d’ailleurs pas arrêté en si bon chemin et a même proposé de rendre sa médaille de Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique pour faire avancer la cause, raconte The Independent. Rien n’est trop beau pour Turing, ni pour l’Oscar.

Des partenaires de promotion bien choisis

Harvey Weinstein sait y faire: avec son frère Bob, ils ont récolté plus de 300 nominations et remporté 75 Oscars à travers leurs films. Surnommé « Dieu » par Meryl Streep, il traîne la réputation de quelqu’un d’intransigeant qui ne pas s’arrête pas à grand chose pour obtenir ce qu’il veut. Pendant les campagnes de promotion aux Oscars précédentes, le producteur a déjà joué sur la corde sensible à plusieurs reprises en aidant ouvertement la cause portée par le long métrage en lice.

» Promotion de la Weinstein Company pour « The Imitation Game »

Comme c’est le cas en 2015 avec la HCR et la grâce des 49.000 homosexuels britanniques, Weinstein s’était impliqué auprès du gouvernement américain pour faire avancer le traitement des troubles mentaux quand Happiness Therapy (Silver Linings Playbook en VO) – où Jennifer Lawrence et Bradley Cooper souffrent de dépression et bipolarité – avait été nominé pour plusieurs Oscars.

Même chose deux ans plus tôt pour Le Discours d’un roi (The King’s Speech, en VO), où Colin Firth porte à l’écran George VI et son bégaiement. Weinstein a dépêché auprès de la Stuttering Foundation (Fondation pour le bégaiement, en français) un expert en communication qui a permis à l’organisation caritative de dire haut et fort tout le bien qu’elle pensait du film avant la cérémonie de remise des prix.

Une stratégie qui sert, au final, autant la cause que le film mais dont la sincérité de façade en exaspère tout de même plus d’un. Les méthodes d’Harvey Weinstein sont critiquées depuis des années, comme le sont celles d’autres studios, mais en 2015 les défenseurs de la cause LGBT ne semblent pas unanimes sur les bienfaits d’une telle stratégie. Des voix s’élèvent notamment pour critiquer la HCR et son empressement à s’associer à la compagnie de production pour promouvoir avec tant de force un film qui, selon elles, ne traitait pas assez de l’homosexualité d’Alan Turing et ne justifiait donc pas un tel soutien.

Source : Huffington Post




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