Moins d’argent, moins de sponsors et moins d’vnements. La Gay Pride sera cette anne moins festive que l’an dernier, mme si le succs de la marche dpend encore de tous ceux qui veulent se mobiliser sur un parcours qui ralliera le 20 juin Port-Royal la Nation, en passant par les boulevards Saint-Michel, Saint-Germain et Diderot. Par 0. R.
On ne fait pas l’EuroPride tous les ans. Le souffle, l’enthousiasme, les superlatifs qui faisaient la particularit des organisateurs de la marche gay de l’an dernier ont disparu. La foi s’est mousse, et la parole assagie. Les militants de la Lesbian and Gay Pride (LGP, l’association organisatrice), les dirigeants de la Sofiged (la socit organisatrice), les dirigeants des LGP dans les villes de province ont l’air plus calme, mais aussi plus raliste, que l’an dernier la mme poque. Certes, on attend moins de monde que l’an dernier : 200 000 contre les 300 000 proclams. Les mdias rpondent peu aux sollicitations, comme s’ils avaient enfin compris ce qu’est une Gay Pride. Les toutes rcentes lections avaient, en juin 1997 donn aux militants l’espoir que la gauche reprendrait illico toutes leurs revendications. L’aspect europen avait suscit des dbats sur le rle que les institutions europennes pouvaient jouer dans la progression des droits des gays. Pourtant, y regarder de plus prs, un des enjeux n’a pas chang. Il s’agit toujours de montrer la mobilisation du nouveau mouvement social qu’est le mouvement gay. En revanche, il faut constater que le CUS n’est pas la revendication premire du prochain dfil au moment mme o il connat des difficults et fait l’objet de vives critiques. Comme si les organisateurs de la LGP doutaient du moyen de pression que pouvaient constituer les manifestations de juin 98. L’objectif de mobilisation parat plus difficile atteindre que l’an dernier. D’abord pour des raisons logistiques : la marche, qui aura lieu le 20 juin, tombe la veille de la Fte de la musique et surtout en pleine Coupe du Monde de football. Difficile d’chapper cet vnement sportif, mme si la Gay Pride a lieu le seul samedi o il n’y a pas de match Paris. La capitale sera remplie de supporters, la prfecture de police sur les dents, les sponsors ventuels mobiliss pour une cause sportive et les mdias occups compter les buts. « Le Monde » et « Libration » qui couvrent chaque anne la Gay Pride de manire quasi exhaustive, consacreront chaque jour que durera la Coupe du Monde environ huit pages ce dernier vnement. Charles Myara, prsident de la Sofiged, dplore que les sponsors se soient faits rares. « Nous voulions un concert gratuit, car celui de l’an dernier tait trop cher, plaide-t-il. Mais les grands groupes, qui ont en tte l’ide de sduire le segment de march que reprsentent leurs yeux les gays, se sont reports vers un autre segment, plus profitable : les supporters du football ». Sans ambages, il a t dcid que le Salon de l’homosocialit, qui avait camp une semaine en juin 1997 sur la pelouse de Reuilly, serait report en septembre (si la Sofiged peut en assurer le financement). La fte du soir a pti des difficults trouver un lieu libre cette date, accessible et de surcrot finanable. « La prfecture nous a propos de retourner la pelouse de Reuilly, indique Charles Myara, mais l, c’est la mairie qui nous l’a interdit sans ambigut ». Une « mini-fte » aura lieu place de la Nation, aprs l’arrive de la Gay Pride et le podium politique, en prsence d »‘artistes », sans qu’aucun nom ne soit pour l’instant communiqu. Les difficults administratives et le contexte du Mondial n’expliquent pas eux seuls la version allge de la Gay Pride propose cette anne. Le bilan financier de l’EuroPride 97 (en dpit d’un rel succs populaire), pas aussi triomphal qu’annonc, une flottement avec un changement d’quipe la Sofiged en cours d’anne, un pari incertain sur une nouvelle mobilisation de sponsors grand public sur une manifestation homosexuelle sont autant d’lments d’explication. A cela s’ajoutent des critiques de la LGP qui n’est pas satisfaite de la faon dont la Sofiged gre, cette anne, les oprations. Le contenu politique se veut large. Le slogan adopt par le conseil de la Gay Pride est le suivant : « Droits de l’Homme moins Droits des lesbiennes et des gays gale homophobie ». « Pas trs sexy », commente un bnvole charg de la communication la LGP. Jean-Sbastien Thirard, prsident de la LGP, n’exclut toutefois pas d’insister, selon l’issue des ultimes discussions, sur le CUS. Il souhaiterait notamment que le Premier ministre se prononce la tlvision en faveur du projet. Quoi qu’il en
soit, en dpit des revers enregistrs par l’organisation, le message passera d’autant mieux que les participants la marche seront nombreux.


