On a tout dit ou presque sur Jean Marais depuis sa disparition. A la Une de tous les quotidiens, de tous les hebdomadaires et de tous les mensuels, il n’a pas connu le mme sort mdiatique que Jean Cocteau, dont la mort, en 1963, est presque passe inaperue ct de celle d’dith Piaf, survenue le mme jour. Jean Marais a eu de la chance, comme toujours, jusqu’au bout. Et moi, j’ai eu galement cette chance incroyable de dner avec celui qui a fait rver (et qui a du) des gnrations de jeunes filles. C’tait il y a cinq ans. Le magnifique jeune homme blond en pull jacquard de « L’ternel retour » tait devenu un magnifique vieux monsieur la crinire blanche, qui l’poque, jouait « Les monstres sacrs » de Jean Cocteau avec Michle Morgan. Nous avions t le chercher aprs le thtre en compagnie d’Howard Vernon. Le monstre sacr, je l’avais juste en face de moi. Nous dnions au Moulin de la Galette, Montmartre. A presque 80 ans, il avait gard cette lgance et cette prestance de jeune premier, un perptuel sourire accroch aux lvres. Ce dont je me souviens surtout, c’est sa modestie. Pas une fausse modestie de cabot qui attend qu’on lui fasse des compliments, et qui fait semblant de rougir ds qu’on parle de son talent. D’ailleurs, Jean Marais tait lucide au sujet de ses performances d’acteur. Il disait volontiers qu’il avait t trs mauvais ses dbuts et que, par chance, un physique plutt agrable l’avait considrablement aid dans sa carrire d’acteur. On se rcriait : « Quoi ! plutt agrable ? » et on s’empressait de corriger l’expression qui nous paraissait franchement en dessous de la ralit pour lui avouer que, trs sincrement, il avait t carrment superbe. a l’amusait et a l’tonnait aussi. Il rpondait qu’il ne s’tait jamais trouv si terrible que a, et je pense qu’il tait sincre. Il trouvait simplement qu’il avait eu de la chance, beaucoup de chance, et il croyait fermement en sa bonne toile. Nous lui avions demand pourquoi il avait toujours tenu effectuer lui-mme les cascades dans tous les films qu’il avait tourns, bravant gratuitement le danger et les menaces des compagnies d’assurance. Il nous rpondit, mot pour mot : « Pour leur montrer, tous, qu’un pd tait capable de prendre des risques et n’avait pas peur de relever des dfis physiques. Je voulais qu’on sache que je n’tais pas une poule mouille et que la plupart des htros qui tournaient avec moi n’avaient pas le cran d’en faire autant. » Et toc ! serais-je tenter de rajouter. Voil ce que j’appelle de la classe et qui devrait en imposer tous ceux qui imaginent encore que « tapette » rime avec « femmelette ». Ouais z’y-va, c’tait pas un pd ce Jean Marais ! Eh bien si, justement.
Thomas Primo
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