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Interview – Shazz (propos receuillis par Bart)

Que ce soit sous son propre nom, ou sous celui de ses diffrents pseudos comme Nuages, Soofle ou Orange, Shazz aa toujours cherch mouvoir le public par sa musique, se faire plaisir et partager ce plaisir. Six ans aprs ses premiers pas, Shazz a mri et ouvre son cour pour dverser un flot de dlicieuses douceurs musicales, teintes de house, de jazz et de soul, toutes ces musiques qui le font vibrer depuis toujours.

La musique que j’entends en club est triste et a ne m’tonne pas si les gens sont aussi dfoncs quand ils sortent.

A travers ton premier album, on dcouvre d’autres styles musicaux que la house : la soul, le jazz. Comment dfinirais-tu ta couleur musicale ?
Je ne pense pas correspondre un style musical bien prcis. Cet album est un album multi-influenc, c’est la raison pour laquelle on y retrouve du jazz, de la soul. Ce n’est pas un album de tel ou tel pur style.

Six ans se sont couls entre Moonflower, ton premier EP sorti l’poque chez Fnac Musique et ce premier album qui sort aujourd’hui chez Columbia. Tu as sorti galement de nombreux projets sous diffrents pseudos comme Orange, L’n’S, Soofle. Lequel de tous ces projets te ressemblerait le plus ? N’y a-t-il pas parmi ces projets des productions auxquelles tu as aujourd’hui du mal t’identifier ?
Je me retrouve plus dans les productions qui dgagent des motions, comme Orange, Soofle, les projets que j’ai pu avoir en commun avec Ludovic Navarre. J’ai du mal m’identifier Aurora Boralis, qu’on avait fait au dpart pour s’amuser, alors que tout le monde se plongeait dans la vague Transe de 93-94. C’est une plaisanterie qui a plutt bien tourn puisqu’elle m’a permis de vivre longtemps, de faire ma musique et de tenir jusqu’ prsent. Encore aujourd’hui un cover d’Aurora Boralis sort en Allemagne.

Comment expliques-tu que la presse franaise s’intresse avec autant de retard
la culture house ?
La France a toujours un train de retard ! Comme pas mal de groupes franais ont bien march l’tranger, alors les mdias se sont davantage penchs sur cette culture. Mme par rapport mon album, il y a pour l’instant un certain snobisme, une retenue, car il n’est pour l’instant pas sorti l’tranger. Donc, pour le moment, les mdias ne savent pas trop ce qu’ils doivent en penser. Mais s’il se passe quelque chose, par exemple en Angleterre, tout le monde va se pencher dessus. Un peu comme ce qui s’est pass pour Bob Sinclar.

Est-ce que tu te sens proche de ce que peut reflter la scne house franaise ?
Ce n’est pas moi rpondre une telle question, mais aux journalistes, au public. Appartenir telle ou telle scne, je m’en fous compltement. Ce n’est pas du tout ce que je recherche. Je cherche juste faire la musique que j’aime et partager ce plaisir avec le public, partager des motions, c’est tout.

Dans ton album, tu cites sans hsitation les artistes qui t’inspirent le plus. Les as-tu dj rencontrs et avec lesquels aimerais-tu collaborer ?
Tous ! Et d’autres encore, car je n’ai cit qu’une petite palette des gens que j’aime. J’ai cit ceux qui me semblaient les plus vidents. Mais, bien sr, je rve de travailler avec ces artistes que j’admire, j’attends qu’ils m’appellent !

Tu ne cites aucun Franais dans les gens que tu admires ? Pour quelles raisons ? Cela voudrait-il dire que tu n’apprcies aucun artiste franais ?
Non, pas du tout, mais ils ne provoquent pas chez moi les mmes motions. S’il y a un Franais que j’adore, mme si c’est en total dcalage avec ce que je fais, c’est Bashung. Il a une profondeur et une criture qui est incroyable. Il arrive faire chanter les mots d’une manire remarquable. Moi, je prfre la langue anglaise qui se prte mieux ma musique. Ses mots mls sa musique donnent vraiment quelque chose de trs beau. Mais, c’est vrai, chez moi j’coute trs peu de Franais.

Tu es galement connu comme remixeur, notamment pour Bjrk, Jean-Michel Jarre, Carole Laure pour les plus clbres. Comment abordes-tu un remix ? Est-ce que tu rencontres
toujours les artistes que tu vas remixer ?
En gnral, non. C’est une demande directe de la maison de disque, mis part Carole Laure que j’ai rencontre pour son remix. En gnral, la maison de disque m’envoit les lments que je lui demande et je ne me base jamais sur la version originale. J’essaie plutt de crer quelque chose de nouveau, de donner au morceau une nouvelle dimension.

T’est-il dej arriv de garder pour toi une ide que tu trouvais en travaillant sur un remix ?
Oui, tout le temps ! (clat de rire). Non, c’est vrai que a arrive assez souvent et que je garde l’ide pour moi. Mais en gnral, l’exception de deux ou trois remixes, que je ne citerai pas par respect, j’aime vraiment les remixes que j’ai pu faire.

Et toi, est-ce que tu es sensible aux remixes qui peuvent tre faits ?
Rcemment j’ai entendu un titre de Terry Callier, sorti chez Mercury, remix par un mec qui s’appelle 07 et c’est absolument magnifique, dans une ambiance trs 60’s, qui rappelle le film « Bullit », avec Steve Mac Queen.

Tu as travaill avec Laurent Garnier sur « Choice ». Que penses-tu de son volution musicale ? Es-tu all le voir l’Olympia ?
Je n’ai pas t invit l’Olympia, sinon j’y serais bien all. Mais il parat que c’tait complet. Sur le plan de l’volution musicale, on a pris des routes diffrentes. On ne se voit plus trop, je lui ai juste envoy un petit mot pour le fliciter de son succs aux Victoires de la Musique.

Considres-tu ce premier album comme l’aboutissement de six annes de travail ou le dbut d’une nouvelle carrire ?
Comme une suite logique de tout ce que j’ai fait, un aboutissement et la fois une renaissance. C’est un tournant qui va me permettre de continuer faire tout ce que j’ai toujours eu envie de faire. J’ai dj gagn de l’indpendance avec cet album, puisque j’ai tout assum ; je suis producteur de l’album, je me suis occup du mix, aid de Mirwais, du choix des musiciens, des chanteurs. Il y aura certainement des gens qui diront que j’ai sign chez Sony pour l’argent, mais l’album tait dj produit avant mme d’tre sign.

On ne te trouve quasiment jamais dans les clubs Paris? Pourquoi sors-tu si peu ?
Parce que la musique m’emmerde, tout simplement. Je peux difficilement m’amuser toute une nuit en dansant sur un pied et un shirley. J’ai besoin d’harmonie. Si a fait tout le temps Boum Tchak Boum Tchak, je ne trouve pas vraiment a drle. Il me manque quelque chose. La musique que j’entends en club est triste et a ne m’tonne pas si les gens sont aussi dfoncs quand ils sortent. Je ne sors pas pour cette raison.

Le 11 novembre prochain, la soire « Respect » au Queen te sera consacre. Y joueras-tu en tant que DJ ?
Non, je ne suis pas DJ. J’y serai en tant que slecteur musical, et il y aura aux platines Franois K et Apollo Funk de chez Yello Prod, qui a particip la Mixed Tape que Columbia offre actuellement dans un concours sur mon album. Ce n’est pas parce qu’on est bon musicien qu’on est bon DJ, je n’ai pas envie de tout mlanger. Je prfre passer quatre heures dans mon home-studio, tranquillement chez moi, que sur des platines.
Que penses-tu du phnomne des DJ’s stars, qui touchent des cachets de plusieurs dizaines
de milliers de francs pour jouer dans une soire ?
S’il y a des gens pour payer, que ces DJ’s attirent 2 000 personnes la soire, et que tout le monde s’y retrouve, a ne me choque pas plus que a ! Personnellement, je ne me dplacerais plus aujourd’hui pour un DJ. Je suis beaucoup sorti il y a dix ans, mais aujourd’hui, je suis beaucoup plus casanier. Je n’aime pas me sentir forc sortir, il faut que a se fasse le plus naturellement possible. Je prfre davantage couter la musique tranquillement plutt que danser.

Tu chantes sur un des morceaux de l’album, Heaven, et tu chantes plutt bien. Pourquoi ne t’entend-on pas plus souvent en tant qu’interprte ?
Ce n’est pas facile assumer. Il y a dj l’album, ce qui reprsente beaucoup. S’entendre chanter, c’est horrible ! Heureusement qu’il y a des gens qui t’entourent et te rassurent. A la base, je ne suis pas chanteur et je prfre laisser la place des professionnels et choisir mes interprtes au feeling. J’aime travailler avec des gens simples qui n’ont pas la grosse tte, c’est assez courant chez les chanteurs, mais je ne sais pas pourquoi.

Ce ct show-biz, ptage de plombs et compagnie ne te fait pas peur ?
Ce milieu ne m’attire pas vraiment. Ce que je souhaiterais vraiment aujourd’hui, c’est pouvoir acqurir une renomme assez importante afin de pouvoir m’investir davantage dans la production. J’espre pouvoir me retrouver plus souvent derrire la scne plutt que devant. C’est srement pour a que j’aime me retrouver chez moi pour travailler.

Tu travailles dj sur d’autres projets ?
Oui, sur les prochains morceaux, sur les maquettes et j’essaie d’avoir des guests pour les voix. J’ai dj tout un tas d’ides et je suis dj prt attaquer un nouvel album.

Propos recueillis par Bart

Le pemier album de Shazz est disponible en CD chez Columbia. Il est galement cette semaine notre Coup de la semaine.

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