Les Amricains sont rassurs depuis qu’ils savent que Bill Clinton n’a pas tach une robe avec du sperme, mais avec une « scrtion gnitale masculine ». C’est ce qu’on appelle un euphmisme. Car on ne parle pas de n’importe quoi n’importe comment. Il y a des situations o les mots doivent intervenir pour dulcorer la ralit des choses. Le procd rhtorique pour y parvenir est bien connu. C’est une litote. En gros, cela revient dire la vrit sans la dire vraiment. L’euphmisme a pour but d’attnuer un fait qui, exprim directement, pourrait avoir quelque chose de gnant ou de choquant. Il vient modrer un mot implicitement pjoratif. Il est toujours plus propre d’aller la selle plutt que de faire caca, mme si, au bout du compte, le rsultat est le mme. L’euphmisme nous voile avec pudeur ce que nous ne voulons pas savoir. Gardien du bon got, il aime les mots sens unique. C’est l son paradoxe. Il n’est jamais ambigu tout en prenant de srieux dtours. Il aime les mots techniques, cliniques, scientifiques, il cultive le latin et le grec comme un gage de respectabilit, et pour paraitre plus branch, se frotte depuis peu l’anglais. Tout le mode connat son chef-d’oeuvre : la femme de mnage devenue technicienne de surface. De la mme faon, les sourds sont dsormais des malentendants, les aveugles des non-voyants, les mongoliens trisomiques et les chmeurs demandeurs d’emploi. Les clochards se sont transforms en SDF et les pauvres en RMIstes. Un prisonnier a l’air moins coupable quand il n’est plus qu’un dtenu, un drogu est plus prsentable sous la forme d’un toxicomane, le Sida ou le cancer fait moins peur quand on l’appelle une longue maladie et la graisse est plus noble quand il s’agit de surcharge pondrale et non plus d’obsit. Aujourd’hui on ne meurt plus, on dcde. a a l’air moins grave. C’est une faon de prendre ses distances avec ses propres angoisses. Tout ce que la socit est tenue de trouver respectable et qu’au fond, elle rejette, s’exprime par l’euphmisme. Et ne vous croyez surtout pas l’abri de ces hypocrisies linguistiques ! Les gay pride, backroom, cruising bar et autres dildos sont, avec leur joli vemi anglo-saxon, des euphmismes comme les autres. Quand la technicienne de surface non-voyante et de petite taille qui faisait de la surcharge pondrale morte d’une longue maladie dans un cruising bar, sera devenue une grosse femme de mnage naine et aveugle morte du Sida dans un bordel, on aura fait du chemin. Mais il n’est pas toujours conseill d’appeler un chat, un chat, 0mais plutt: un petit flin de compagnie…
Thomas Primo
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