Comdienne, auteur, animatrice… Virginie Lemoine, la dconneuse de « Rien Cirer » sur France Inter, fait partie de cette gnration de comiques fminins qui a su conqurir les ondes, les plateaux de tlvision et les planches la seule force de son talent et avec l’intime conviction qu’il ne fallait jamais renoncer. Quelques annes de galre n’ont jamais entam l’enthousiasme ni la confiance en soi de cette « drle de dame ».
Quels sont les souvenirs les plus marquants de vos dbuts ?
L’envie de faire du thtre m’est venue pour la premire fois en allant la Comdie Franaise, une rvlation qui a fini par me mener tout droit au Conservatoire de Rouen. Le hasard a voulu que mon frre ain soit pianiste au Piano Zinc o j’ai commenc travailler et faire des sketches. J’ai t galement l’origine de l’organisation du premier gala au profit de AIDES au « Thtre de Dix Heures ». J’aidais Frdric Edelmann, journaliste au Monde, client du Piano Zinc, et qui avait fond Aides chez lui. Je voulais absolument faire quelque chose de plus utile que de coller des enveloppes. C’est de cette faon que nous avons prvu d’organiser ce gala. C’tait au tout dbut de la prise de conscience de l’pidmie. Personne ne savait ce qu’tait rellement le sida. C’tait l’poque o l’on croyait encore que cette maladie tait rserve aux homosexuels. Les gens qui ont mis le thtre notre disposition taient vraiment adorables. C’tait le premier gala organis en faveur d’une association de lutte contre le sida.
Une femme comique a-t-elle plus de difficults qu’un homme pour se faire une place ?
Personnellement, je n’ai jamais eu de rflexions dsagrables et misogynes. Aprs tout, les femmes drles ont toujours exist. Il y a des exemples clbres comme Colette ou Marie Laurencin… Le one-man show est un phnomne relativement nouveau. Je crois que s’il existe une plus grande difficult pour s’exprimer dans ce domaine, cela s’explique par la faon de traiter les femmes en gnral.
Que pensez-vous justement ce cette mode du one-man show ou le meilleur ctoie le pire ?
Quand on a la chance d’crire et d’tre comdienne, il faut en profiter. C’est vrai, il tait plus facile de dbuter il y a quelques annes. Au Piano Zinc par exemple, il n’y avait pas de producteur et il tait possible malgr tout de faire son spectacle. Toutes les petites salles parisiennes, autrefois accessibles au jeunes talents, sont fermes aujourd’hui. Mme si les spectacles ne sont pas toujours de bonne qualit, si les gens qui dbutent sont parfois maladroits, il faut un sacr courage pour monter un spectacle seul. Ce qu’il faut tout prix viter, c’est de reproduire des choses qui existent dj. Le plagiat n’a jamais eu d’intrt. De toute faon, mme en faisant un effort d’originalit, en essayant de trouver sa propre personnalit, on n’chappe pas aux rflexions agaantes du genre : « Tiens, c’est la nouvelle Jacqueline Maillan », par exemple. C’est comme si on n’existait pas au dpart. C’est insultant pour un artiste.
N’y a-t-il pas un moment o vous aimeriez tre uniquement auteur ou exclusivement comdienne ?
Je n’ai jamais eu cette sensation. Je me sens plutt comme un maon qui fait sa maison. Et je reste quand mme une comdienne. Je pense qu’il est intressant de se diversifier. Plus on fait de choses, mieux c’est.
Si vous aviez un seul rve ?
Mon rve, c’est de travailler avec mes copains. Et mon rve professionnel, ne vivre que de mon mtier. A la fin de ma vie j’aimerais pouvoir me retourner sur mon pass et dire : « Je n’ai vcu que de a. » De toute faon, quoi qu’il arrive, je crois en moi dur comme fer !
Portez-vous une attention particulire aux jeunes talents ?
a va pas, non ? On n’a pas besoin de jeunes cons qui viennent nous piquer notre place, c’est dj assez dur comme a ! Trve de plaisanteries (car je plaisantais), je suis trs attentive aux nouveaux comme aux anciens talents et je vais beaucoup au spectacle. C’est continuellement enrichissant.
Beaucoup de galres avant d’arriver vivre de votre mtier ?
J’ai beaucoup ram. J’ai t dame de service au Piano Zinc, j’ai fait des enqutes, j’ai t serveuse, shampouineuse, animatrice Gai Pied Voyages, petite main, et j’ai mme card de la laine ! Mais je suis toujours reste persuade qu’il ne fallait pas renoncer et surtout, qu’il fallait rester Paris et ne pas cder aux mauvais conseils du genre : « Mais si, je t’assure, GO au Club Med, c’est super ! » Je savais que la galre allait se terminer. a a dur 6 ans, juste assez pour vous forger le caractre et pour ne pas se dcourager. Je crois qu’il est bnfique et ncessaire de galrer.
Quel est votre sentiment sur ce milieu gay o vous avez travaill et que vous connaissez bien ?
J’ai toujours eu un principe dans le milieu gay, les garons, aussi jolis soient-ils, ne sont pas pour moi. C’est tout. J’ai un regard amical mais sans concupiscence. Ils sont souvent seuls, disponibles, ils aiment les femmes… Cela peut tre une tentation, une facilit. Je ne suis pas une fille pds. Sinon je n’aurais pas tenu. Heureusement, j’avais une vie ct. Par respect pour eux et pour moi, je tenais ne pas avoir de rapports ambigus avec des garons qui n’taient pas faits pour moi. Et a se passait trs bien.
Que vous a apport la clbrit ?
Cela n’a pas eu d’effet transfigurateur sur moi. La notorit m’a apport une plus grande libert, et plus d’argent. J’ai tellement connu d’annes o je ne pouvais mme pas m’acheter un disque parce que je n’en avais pas les moyens, qu’aujourd’hui, je savoure.
Toujours une foule de projets en perspective ?
Du thtre, des tournages, des projets d’mission et d’criture. Je prpare galement ma rentre sur la chane « Comdie ». Dans l’immdiat, je pars New York pour me gaver de comdies musicales. Je dois faire « Fort Boyard » la rentre, comme leader d’une quipe de rugby ! Je sens que je ne vais pas y arriver, que je vais tre ridicule… mais a m’est gal.
Propos recueillis par Thomas Primo.


