Nous, les
Flamands Roses, manifestons aujourd’hui l’occasion de la journe
mondiale de lutte contre le sida. Nous sommes pour la plupart
homos et/ou trans. CertainEs d’entre nous sont sropositifVEs pour
le VIH, parfois depuis longtemps. Mais nous savons que le VIH ne
nous concerne pas exclusivement : si beaucoup des sropositifVES
d’entre nous ont t contaminEs suite une relation homosexuelle,
nous savons que de nombreuses personnes sont sropositives suite
une relation htrosexuelle ou un change de seringue par exemple.
Nous manifestons aujourd’hui contre le sida dans le quartier
Moulins, celui o notre local associatif se situe et o certainEs
d’entre nous habitent. Nous savons que dans ce quartier, comme dans
tout autre, nous croisons de nombreuses personnes sropositives
comme nous mais qui ne partagent pas nos identits lesbiennes, gais,
bis, trans. Nous en sommes nanmoins
solidaires.
Nous manifestons parce que
nous sommes sropositifVES, que nous n’en avons pas honte et que
nous sommes solidaires de toutes les personnes sropositives. La
visibilit, le rejet de la honte et la solidarit peuvent nous aider
combattre le VIH, par exemple en luttant ensemble contre la
stigmatisation. Certaines circonstances de la vie exposent au VIH,
en particulier la prcarit, l’oppression, l’exclusion. En retour,
les personnes sropositives courent le risque d’tre prcaires,
opprimes, exclues.
Nous savons qu’il reste trs
difficile de rvler ou de parler de sa sropositivit dans de
nombreux milieux, y compris dans le milieu LGBT. Il en rsulte que
la situation des personnes sropositives est souvent difficile et
mconnue. Les lans gnreux de solidarit volontiers relays par
les mdias ne s’adressent presque jamais aux personnes
sropositives. Il en est de mme des campagnes de prvention, et
mme si elles ciblent des publics spcifiques : homosexuels ou
toxicomanes par exemple. Ces campagnes contribuent renforcer
l’ide que tout le monde est srongatif et que les sropositifVEs
sont irresponsables et transmettent le VIH, telLEs des criminelLEs,
en ngligeant la prvention. Nous nous opposons la pnalisation de
la transmission du VIH. Nous voulons aussi que soient vulgarises
les donnes scientifiques rcentes sur les risques rels de
transmission ou de surcontamination lors des relations sexuelles
selon le statut srologique des partenaires.
Nous voulons que touTEs
puissent avoir une sexualit choisie et libre de toutes les
oppressions car la domination masculine ou les tabous empchent
souvent de parler de sa sexualit avec sa, son ou ses partenaires et
d’avoir des relations sexuelles sans risque.
La politique rpressive
actuelle en ce qui concerne les drogues nuit la prvention
(change de seringue par ex.) et au confort des personnes
sropositives (certaines utilisent le cannabis pour soulager les
effets secondaires des traitements par ex.). Nous voulons que
l’usage mdical du cannabis soit autoris. Nous voulons que l’usage
des drogues soit dpnalis.
Nous voulons que l’accs au
dpistage soit gnralis. Nous soutenons les initiatives de
dpistage rapide et notamment communautaire tel que cela est
actuellement expriment Lille (Com’Test).
Nous voulons que touTEs aient
accs l’information et aux moyens de prvention (prservatifs,
gel, seringues par ex.) en particulier dans le milieu scolaire et
universitaire, au travail, en prison.
Nous exigeons que les
laboratoires pharmaceutiqes adaptent le conditionnement des
traitements aux diffrents usages qui peuvent en tre faits. Nous
exigeons que les traitements tiennent compte des diffrences entre
hommes et femmes, et des interactions possibles avec les traitements
des personnes trans. Nous voulons que des tudes soient effectues
sur le VIH chez les personnes trans.
Nous sommes solidaires des
personnes qui, l’tranger, n’ont pas accs aux traitements
anti-VIH rcents. Certains laboratoires pharmaceutiques s’opposent
la fabrication de mdicaments gnriques par leurs concurrents
locaux.
Les personnes trangres
sropositives vivant en France sont dans une situation trs
difficile ; elles sont souvent prcaires. Celles-ci n’ont pas de
droit de sjour pour maladie si un traitement est thoriquement
disponible dans leur pays d’origine. Mais lorsque ce traitement
n’est en ralit pas accessible, par exemple pour des questions de
cot, leur expulsion quivaut une condamnation mort. De plus les
prfectures violent le secret mdical puisqu’elles doivent tre
informes par les mdecins. Nous demandons la rgularisation de
touTEs les sans-papiers sans condition. Le droit la rgularisation
et au sjour doit tre un principe inscrit dans la
loi.
Les personnes sropositives
peuvent prouver de grandes difficults trouver ou conserver un
emploi. Elles sont confrontes au besoin d’amnager leur temps de
travail pour faire face aux moments o le poids de la maladie est
trop lourd, ou pour prendre un traitement. Les employeurs acceptent
mal les arrts maladie rpts ou prolongs. Nous sommes inquitEs
des projets gouvernementaux instaurant des contrats de travail qui
prvoient une longue priode pendant laquelle un employeur peut
licencier son employ sans motif. Les personnes sropositives
seraient particulirement exposes de tels licenciements, sans
protection contre cette discrimination. De nombreuses personnes
sropositives n’ont plus la force de travailler et bnficient de
mesures sociales solidaires : elles peroivent des allocations, sont
parfois aides domicile et le cot de leur traitement est pris en
charge par la scurit sociale. Mais le gouvernement envisage de
rduire ou de supprimer certaines de ces allocations. De plus le
systme scandaleux des franchises mdicales oblige les malades
payer pour leur maladie comme s’ils ou elles en taient
responsables. La rforme de l’hpital avec notamment le systme de
la tarification l’acte augmente encore le cot support
directement par les malades. Ce systme interdit de plus la prise en
charge solidaire des soins des personnes prcaires ou sans-papiers
telle qu’elle tait pratique jusqu’ici.
Nous frquentons les lieux de
drague homosexuelle. Nous y rencontrons des personnes au
comportement homosexuel mme si elles nous parlent de leur vie
htrosexuelle. Nous ne sommes pas srEs que celles-ci aient accs
aux quelques informations et moyens disponibles dans nos milieux
communautaires LGBT et nous le regrettons. Nous rencontrons aussi
d’autres membres d’associations luttant contre l’homophobie et/ou
les infections sexuellement transmissibles. Pourtant depuis la loi
sur le racolage passif la police rend le travail de
prvention de plus en plus difficile sur le terrain. Cette loi
s’attaque galement aux travailleurSEs du sexe, trs exposEs la
rpression.
Nous protestons contre
l’interdiction faite aux homosexuels de donner leur sang. Cette
interdiction repose sur un amalgame entre pratiques risques
et groupes risques. De plus l’Etablissement Franais du
sang tablit un fichier d’homosexuels, ce qui est contraire la
loi.
Le 1er dcembre est la
journe mondiale de lutte contre le sida. Une journe est-elle
suffisante pour attirer l’attention du public et des mdias ?
Car il
s’agit bien d’une lutte, et nous savons que celle-ci croise nos
luttes quotidiennes contre la prcarit, le racisme, lesexisme,
l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la
transphobie.
Les Flamands
Roses |