L’Elysée serait intervenu pour empêcher Act Up Paris et Aides de participer à la Conférence nationale du handicap qui s’est tenue hier selon les deux principales intéressées.
Les associations de personnes malades et de personnes en situation de handicap attendaient de la Conférence nationale du handicap un geste politique fort, en faveur de la revalorisation des revenus de subsistance au-dessus du seuil de pauvreté et de l’accès à l’emploi pour celles et ceux qui en ont la capacité. Pour les associations de séropositifs, c’était également l’occasion de voir enfin pris en compte le VIH, et l’ensemble des maladies chroniques dans la sphère du handicap.
«Mais Nicolas Sarkozy en a décidé autrement» indiquent Act Up et AIDES dans un communiqué : «Loin de la préoccupation de l’amélioration de la qualité de vie des personnes, loin des questions de fond, le Gouvernement et l’Élysée ont décidé de museler l’expression d’une part des personnes concernées : les séropositifs !».
Les deux principales associations de lutte contre le sida, Act Up-Paris et AIDES, ont été ainsi exclues des débats. Tandis que les représentants de AIDES se sont vus refuser l’accès même à l’enceinte où se tenait la conférence, «en dépit de leurs invitations», les représentantes d’Act Up-Paris ont été conduites «de force», la porte à peine franchie, dans un réduit en sous sol, «sur consigne de l’Elysée» pour suivre la conférence sur écran.
«De telles procédures sont indignes d’un fonctionnement démocratique» estiment AIDES et ACT UP alors que handicap et précarité constituent une double peine pour les personnes concernées.
En France, précarité et VIH / sida sont intimement liés. Les personnes séropositives se trouvent souvent dans des situations de grande précarité, sans emploi, ou en situation d’emploi instable, avec de faibles revenus et des difficultés à disposer d’un logement. Le taux de chômage des personnes vivant avec le VIH atteint 18,1 % et leur revenu médian est de 780 euros. De plus, 50 % des malades du sida en situation de handicap vivent sous le seuil de pauvreté.
«Les handicaps liés au VIH et les répercussions qu’ils ont sur nos vies sont au mieux sous-estimés, au pire ignorés, voire niés» déplorent les associations alors même que Nicolas Sarkozy laissait à penser fin mars dans ses déclarations de Tarbes que les critères d’attribution de l’Allocation Adulte Handicapé seraient durcis pour réduire le nombre de bénéficiaires.
Nicolas Sarkozy a annoncé hier «plan de création de places» à hauteur de «50000 places nouvelles» en cinq ans, ainsi qu’un «Pacte pour l’emploi». Une réforme de l’Allocation adulte handicapé (AAH) a été une nouvelle fois annoncée par le Président de la République, sans toutefois en préciser la portée car il estime l’AAH «attribuée parfois de manière arbitraire» et «inadaptée». Toutefois, aucune mesure coercitive n’est envisagée et l’idée d’un «revenu d’existence» réclamé par les associations n’a pas été retenu.
«Il y a eu des incompréhensions, des insatisfactions» à l’égard des pouvoirs publics, a reconnu Nicolas Sarkozy. «Si j’étais à votre place, ce n’est pas une fois de temps en temps que je l’exprimerais, c’est chaque seconde!» avança encore le Président. Faut-il encore qu’on permette aux personnes handicapées de pouvoir exprimer ces insatisfactions. En l’espèce, Act Up et AIDES en ont été empêchées.
EN SAVOIR PLUS
Le site d’Act Up Paris : www.actupparis.org.
Le site de AIDES : www.aides.org.


