La gouine invisible (n’est pas la femme de l’Homme
invisible)
Cette anne, le 17 mai, Journe Internationale de Lutte
contre l’Homophobie est place sous le thme de la lesbophobie.
Lesbophobie : la haine des gouines et de celles qui leur ressemblent.
En 2008, en France, la visibilit des lesbiennes reste un
problme.
Difficile de prendre la parole en tant que gouine.
Difficile de porter des revendications spcifiques.
Difficile de
se faire entendre au sein de la mouvance LGBTI.
Impossible de voir
nos revendications relayes.
Aujourd’hui, les seules lesbiennes
acceptables, frquentables, relayes par les mdia, c’est celles qui sont mres
ou celles qui s’encanaillent avec une femme avant de revenir vers les hommes
(ouf !)
La lesbophobie, c’est les meurtres.
Les viols.
Les
coups.
Le mpris.
La pauvret, rsultat de la domination conomique des
femmes.
La haine institutionnalise par l’glise, l’tat, certains psys.
C’est aussi, plus sournoisement, le dni pur et simple de notre vcu.
En
France et ailleurs dans le monde.
C’est aussi cette injonction normative :
nous devons rester des femmes, pour les hommes.
Domines par les hommes.
Les fugitives (nous sommes comme des esclaves en fuite de
la classe des Femmes , selon l’expression de Monique Wittig
dans La Pense Straight) seront punies.
Au mieux silencieuses, au
pire mortes.
La colre des gouines, pourtant, devrait tre
immense.
la hauteur de leur haine, eux qui voudraient nous
faire ravaler notre fiert coups de bottes parce que nous assumons le bonheur
de nos vies sans hommes.
la hauteur de leur vanit et de leur
paternalisme, eux qui veulent nous convaincre qu’on n’a pas rencontr
le bon mec .
la hauteur de leur imbcillit, eux qui nous
demandent, toujours et encore, qui fait l’homme .
la hauteur
de leur violence, elles et eux qui veulent nous marquer au fer rouge de
leur conception htronorme de la fminit.
la hauteur de leur
outrecuidance, eux qui entendent nous imposer un rfrent
masculin jusque dans nos projets d’enfants, en nous refusant l’accs la
PMA, faisant de nous des hors-la-loi de la maternit sans homme.
la
hauteur du mpris des labos, qui jamais ne proposent de campagnes
spcifiques nos besoins de sant. Nous qui, parce qu’on nous a toujours dit
qu’une femme sans homme n’avait pas besoin de gyncologue, ngligeons de nous
faire dpister, nous exposant au cancer du sein et de l’utrus, flaux de
notre communaut .
la hauteur du mpris des labos
encore, qui, bien que le VIH touche en premire ligne les femmes,
continuent d’axer leur recherche sur les besoins des seuls hommes.
la
hauteur du cynisme de l’tat qui voudrait parpiller notre conscience
politique : nous sommes gouines, mais aussi femmes , trans’,
chmeuses, intersexe, sans-papiers, sropositives, putes, toxicomanes, victimes
de racisme, victimes de sexisme.
Une gouine en colre, on ne la
montre jamais que pour la condamner.
N’est-elle pas la honte de son
sexe, si doux, si pondr ?
Mais notre colre est notre force : c’est
elle qui nous donne l’nergie ncessaire notre survie.
La
lesbienne fministe noire Audre Lorde crivait en 1977 : Notre silence
ne nous protgera pas . Que nous dcidions de nous battre pour changer
la socit qui nous oppresse ou que nous nous terrions muettes de peur au fond
du placard, la violence de l’oppression est la mme.
Notre silence ne les
empchera pas de nous pitiner.
Notre colre si.
Alors
n’esquivons pas le combat.
Dsobissons aux ordres qui nous imposent le
silence et l’invisibilit !
Refusons le systme qui nie notre existence.
Imaginons un monde dbarrass de l’oppression capitaliste et
htropatriarcale.
Refusons qu’il nous renvoie pour tout horizon une image
de nous destine rassurer les htros.
Faisons peur ! Faisons en sorte que
la peur change de camp.
Soyons revches, mchantes, opinitres.
Faisons
dsordre.
Rvons bruyamment d’un monde qui ferait plus que nous tolrer.
Et ne nous contentons pas d’en rver.
TaPaGeS, le 18 mai 2008
Transpdgouines de
Strasbourg


