Ce roman raconte l’ascension d’un homme. Général en disgrâce, à vingt-cinq ans, il monte de Marseille à Paris au printemps de 1795. Il n’est rien et il veut tout. Comment va-t-il se débrouiller, dans ce pays livré au chaos après la chute de Robespierre ? C’est le temps de Barras, de Madame Tallien, des muscadins qui font la loi dans les rues avec leurs gourdins plombés. Les ouvriers de faubourgs meurent de faim et se soulèvent, mais les Parisiens dansent, il y a des bals aux carrefours, dans les salons, dans les églises et même dans les cimetières. Les femmes portent des toges transparentes, les salles de jeux et les restaurants (qu’on vient d’inventer) se multiplient autour du Palais-Royal. Les plus habiles s’enrichissent. A force d’intrigues, notre général va réussir. En une saison il écrase une émeute royaliste au canon sur les marches de l’église Saint-Roch, épouse la vicomtesse de Beauharnais et se retrouve à la tête de l’armée d’Italie. Sur la route de Nice où il part rejoindre ses troupes pour les lancer en Lombardie dans une guerre de pillage, il francise son nom italien. Désormais il va s’appeler Bonaparte…. Ce titre n’est pas tiré au hasard d’un conte de Perrault, mais des Mémoires de la duchesse d’Abrantès. Celle-ci, Laure Permon, était la fille d’une amie d’enfance de Laetitia Bonaparte. Petite fille, quand elle a vu pour la première fois le jeune Napoléon en uniforme, avec ses jambes maigres dans de trop grandes bottes, elle a éclaté de rire en s’écriant : « Le Chat botté ! » Le surnom est resté.
– Ma parole ! mais vous revenez à Napoléon ? Ca vous démangeait si fort ?
– Quand je m’écarte de cette aventure, les lecteurs me demandent avec un air navré : » Alors, vous ne continuez pas ? « – Il ne s’agissait pourtant pas de traiter en roman les Cent jours, Waterloo ou Sainte-Hélène dont on a tant parlé. Alors, cette fois, je suis parti de la dernière phrase du dernier volume de la trilogie, L’Absent, lorsque Napoléon débarque en France après sa fuite de l’île d’Elbe. Il s’endort au bivouac, sa redingote remontée sur le visage comme une couverture : » Napoléon rêvait à Bonaparte. » Je suis donc revenu en arrière, du côté de Bonaparte.
– Comme dans la série de Star wars.
– Exactement.
– Vous racontez sa jeunesse ou les débuts de son équipée ?
– Je le prends au printemps de 1795. Il s’appelle encore Buonaparte, ou Buona-Parté. Il est petit, maigre, avec un drôle d’accent, des cheveux raides et des yeux bleus, il a vingt-cinq ans et s’impatiente : il n’est rien et il veut tout. Cela n’est pas facile dans un pays livré au chaos. Après la chute de Robespierre, la réaction triomphe. Les provinces s’embrasent, l’insurrection royaliste se réveille en Vendée, les brigands tiennent les routes ; la terreur blanche succède à la terreur rouge. Général sans emploi, Buonaparte monte de Marseille à Paris. Dans la capitale, les ouvriers des faubourgs meurent de faim, grondent et se soulèvent, mais au cour de la ville les Parisiens dansent, il y a des bals aux carrefours, dans les salons, dans les églises, dans les cimetières. Tout est à vendre, les maisons comme les consciences. Barras et Madame Tallien règnent. Les femmes portent des tuniques en linon transparent, les salles de jeux et les restaurants (qu’on vient d’inventer) se multiplient autour du Palais-Royal, la jeunesse dorée traque les jacobins avec des gourdins plombés.
– Votre général arrive à Paris en pleine confusion.
– Et je raconte son ascension : il va réussir à force d’intrigues, de coups de gueule et de caresses. En une saison, cet officier dont on se méfie écrase une émeute royaliste au canon sur les marches de l’église Saint-Roch, épouse la vicomtesse de Beauharnais et se retrouve à la tête de l’armée d’Italie. Il était pressé, il a fait vite. Sur la route de Nice où il part rejoindre ses troupes pour les lancer en Lombardie dans une guerre de pillage, il francise son nom italien trop facile à écorcher. Il signe désormais Bonaparte.
– Bien, mais pourquoi ce titre, Le Chat botté, emprunté à un conte très connu de Perrault ? – Je ne l’ai pas emprunté directement à Perrault, je l’ai ramassé dans les Mémoires de la duchesse d’Abrantès.
– Expliquez-nous.
– Avant d’épouser Junot, duc d’Abrantès, elle se nommait Laure Permon. Sa mère était une amie d’enfance de Laetitia Bonaparte, la mère de Napoléon, et lorsque celui-ci étudiait en France, à l’école militaire, il rendait souvent visite à cette famille qu’il considérait un peu comme la sienne.
– Au fait !
– J’y viens. Sortant de l’école de Brienne, très fier, il court chez les Permon montrer son premier uniforme. Il a des jambes grêles et des grandes bottes. Laure Permon et sa sour Cécile, deux petites filles plutôt chipies éclatent de rire et crient : » Le chat botté : Le chat botté ! « . Le surnom est resté
– Je vois. Les bottes de sept lieues.
– Les fillettes, en se moquant, ne voyaient que l’apparence : un chat efflanqué posé dans des bottes géantes, mais à y regarder de près on peut trouver au sobriquet un sens plus fort. A quoi servent des bottes de sept lieues ? A courir plus vite et à dépasser les autres, ce que voulait le jeune Bonaparte. Le titre s’est imposé. »
Patrick Rambaud
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