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Gay Pride russe : soutien du PCF et mise au point historique

Alors que le doute plane encore sur l’organisation de la Gay Pride moscovite face aux pressions et interdictions des autorités politiques et religieuses, la mobilisation s’intensifie pour soutenir ce qui serait la première action de visibilité LGBT d’importance en Russie. Plusieurs personnalités politiques françaises ou partis ont déjà apporté leur soutien ou indiqué qu’ils participeront à un rassemblement de solidarité ou à la marche moscovite.

En ce sens, les associations LGBT appellent, à la demande du comité IDAHO (International Day Against Homophobia), à un rassemblement de mobilisation le jeudi 2 mars à 18h, près de l’ambassade de Russie (angle boulevard Lannes et Rue Dufrenoy M° Rue la Pompe, 75116 Paris). Un rassemblement de même nature est également prévu à Varsovie, Londres et Stockholm. Le mot d’ordre retenu pour la manifestation est « Lesbiennes, gais, bi et trans : à Moscou aussi, liberté de manifester ! ». On ne peut que se féliciter de cette internationalisation des revendications LGBT et d’une solidarité transnationale concernant la lutte contre l’homophobie et pour l’égalité des droits.

Pour le comité IDAHO, organisateur de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et ordonnateur du prochain festival LGBT de Moscou, Richard Sanchez président de la Commission «Libertés, Démocratie, Lutte contre les Discriminations» du PCF a répondu aux questions de Nicolas Alexeyev et Louis-Georges Tin. Ce point de vue est d’autant plus intéressant car il donne la position officielle du Parti Communiste Français et, ajoute Louis-Georges Tin, Président du Comité IDAHO, doit être mis en perspective «Compte tenu de l’histoire de la Russie communiste».

Historiquement, les soviétiques pénalisaient et réprimaient l’homosexualité, considérée comme une dérive bourgeoise, sorte de «pêché de luxure» qui dessert l’idéal communiste, ou comme une pathologie mentale. En France, le PCF a longtemps exclu la prise en compte d’intérêts particuliers et de situations individuelles, communautarisme, particularisme et universalisme jugés antagonistes. L’uniformisation était la méthode d’égalitarisme et l’homosexualité était renvoyée à la sphère privée, elle était hors des enjeux sociaux et de la sphère publique et politique.

Interview de Richard Sanchez, président de la Commission « Libertés, Démocratie, Lutte contre les Discriminations » du PCF. Propos recueillis par Nicolas Alexeyev (vice-président du comité IDAHO, organisateur de la marche des fiertés LGBT de Moscou et animateur de gayrussia.ru) et Louis-Georges Tin, Président du Comité IDAHO et auteur du Dictionnaire de l’homophobie paru aux PUF

IDAHO : Quelle est la position officielle du Parti Communiste Français sur les droits des minorités sexuelles ?

Richard SANCHEZ : Nous sommes tout à fait contre les discriminations dont elles font l’objet. C’est inadmissible dans notre pays, mais également dans le monde d’aujourd’hui. On humilie des hommes et des femmes, on les emprisonne, on les exécute même encore en raison de leur homosexualité. Cela doit cesser. Mais il y a aussi des discriminations plus pernicieuses, qui démarrent dès l’école, et qu’on retrouve dans la vie professionnelle.

Par ailleurs, nous sommes de longue date opposés à toute uniformisation. C’était une divergence majeure entre le PCF et les PC d’Europe de l’est. Cela a été un point de rupture. Nous sommes opposés à l’uniformisation car nous considérons que les différences sont un atout pour le développement social.

C’est une question qui intéresse les hommes et les femmes qui doivent conjuguer leurs différences pour permettre d’aller au delà. Il y a toujours eu en France une culture gay, d’un apport considérable pour le développement culturel de tout le pays. On le voit dans les arts, mais aussi dans la politique. Si nous voulons l’émancipation de l’humain, cela passe forcement par la conjugaison de ces différences considérées comme un atout. Pendant longtemps nous avons soutenu le contraire en pensant que la libération de l’humanité apporterait systématiquement l’émancipation de l’individu. Cette lecture du marxisme est fausse. Il ne peut y avoir l’un sans l’autre dans le combat humain pour cette libération. La sexualité choisie et assumée, librement consentie, est pour nous une des clefs pour une société réellement communiste. La question de l’homosexualité n’est donc plus, comme on l’a pensé trop longtemps, une question de vie privée.

Vous ne soutenez pas uniquement la lutte contre l’homophobie mais aussi le combat pour les droits familiaux.

Nous considérons que quelle que soit leur orientation sexuelle, les couples doivent avoir les mêmes droits. J’ai parlé de l’école, de la société, du monde du travail mais il y a aussi le droit de pouvoir se marier. On nous dit que le mariage est sacré, qu’il est immuable : c’est faux. Dans l’antiquité, par exemple, les esclaves n’avaient pas le droit de se marier. Le divorce a longtemps été réprimé, sauf pour les grands bourgeois et les nobles. Il est d’ailleurs toujours condamné par l’église catholique. C’est un droit arraché par la révolution française, et c’est pour nous la continuité de cette démarche révolutionnaire que d’exiger l’égalité des couples. On peut très bien penser que le mariage est un concept dépassé, mais au nom de quoi empêcherait-on deux personnes de même sexe de former un couple et de sceller cette union par le mariage civil et républicain s’ils en éprouvent l’envie ou le besoin ?

Nous avons déjà fait des progrès en France avec le PACS mais, pour des dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui sont concernés, cela ne suffit pas. Ils veulent l’égalité en matière de droits des successions, d’imposition, de reconnaissance sociale, . et ils ont raison. De la même façon se pose le débat de la parentalité. Nous sommes pour la reconnaissance du droit à la parentalité des couples de même sexe. De toute façon ces couples n’ont pas attendu les législateurs pour fonder des familles. Nous sommes bien face à un vide juridique et administratif qui renforce les discriminations.

Le maire de Moscou a annoncé qu’il interdirait la marche des fiertés LGBT dans sa ville. Quelle est votre réaction ?

Que ce soit par démagogie, ou simplement par conviction rétrograde, ce monsieur fait une grave erreur de communication. Quelle image de Moscou est-il en train de donner au reste du monde ? Celle d’une ville frileuse, renfermée sur elle-même, intolérante ?

De plus, continuer à soutenir qu’une marche revendicative comme la marche des fiertés LGBT est de la « propagande » pour le « vice », c’est se tromper d’époque. Ce n’est pas une « maladie contagieuse ». Cette marche ne créera pas de « nouvelles vocations » à l’homosexualité. Elle permettra en revanche aux homosexuel-le-s qui se cachent d’avoir enfin une meilleure image d’eux-mêmes, et de pouvoir s’épanouir dans une société russe libérée de ces stéréotypes d’un autre temps.

Quant aux menaces de répression, physique ou morale, elles sont la preuve que les homophobes russes n’ont pas d’arguments valables, et qu’ils ont donc, comme d’habitude, recours à la violence pour imposer leurs idées réactionnaires. Nous demandons à toutes les personnes LGBT de Russie de ne pas se laisser intimider, ce serait donner raison à l’intolérance et aux stigmatisations. Et nous invitons toutes celles et tous ceux qui défendent la liberté à soutenir cette marche des fiertés, car la première de ces fiertés, c’est celle de lutter contre l’injustice et les discriminations

Donc le PCF soutient la marche des fiertés LGT et la conférence de l’IDAHO ?

Oui, et nous ferons le maximum pour être présents avec une délégation.

Rassemblement de mobilisation
« Lesbiennes, gais, bi et trans : à Moscou aussi, liberté de manifester ! »
Jeudi 2 mars à 18h, près de l’ambassade de Russie
Angle boulevard Lannes et Rue Dufrenoy
M° Rue la Pompe, 75116 Paris

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