La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) n’avait plus de président depuis le début du mois alors que le mandat de Louis Schweitzer s’achevait sur un double constat : l’inflation des saisines et une incertitude concernant le sort de la haute autorité (article).
NOMINATION POLITIQUE ET SYMBOLIQUE
L’hypothèse d’une présidence confiée à l’ancien président de SOS Racisme, Malek Boutih, avait pour l’anecdote soulevé une polémique suite à des propos du président du groupe UMP au Sénat, Gérard Longuet, a finalement été écartée au profit d’une nomination politique et symbolique en la personne de Jeannette Bougrab.
Agée de 36 ans, cette Docteur en droit, ancienne Maître de conférence à l’université Paris I et Siences Po et actuelle Maître des requêtes au Conseil d’Etat, doit être éventuellement entendue par les commissions parlementaires avant que sa désignation à la tête de la Halde soit définitivement actée. Jeannette Bougrab oeuvrait déjà dans la lutte contre les discriminations, notamment comme auteur d’un rapport sur les «discriminations dans l’accès au marché de l’emploi» ou à la présidence depuis janvier 2009 du conseil d’administration de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé),
Fille de harkis, Jeannette Bougrab occupe depuis 2002 des fonctions au secrétariat national de l’UMP et avait échoué aux législatives de 2007 dans le XVIIIème arrondissement de la capitale. Lors de la campagne, elle déclarait au Figaro Madame rejeter l’étiquette de «candidate de la diversité» qu’on lui prêtait dans cet arrondissement populaire. Elle affirmait alors que «Vouloir promouvoir systématiquement des candidats issus des minorités dispense de mener des politiques d’investissements massifs pour lutter contre les inégalités».
Doublement symbolique en la désignation d’une femme représentative de la diversité, cette nomination est aussi doublement politique. En effet, le choix de l’ouverture à gauche qu’aurait symbolisé une nomination de Malek Boutih a été écarté et dans le même sens du repositionnement à droite lors du mini remaniement de lundi dernier, la désignation de cette militante UMP ne soulèvera pas la fronde des parlementaires de droite échaudés par la débâcle des régionales. Mais symbolique politiquement aussi pour assurer l’exécutif d’une présidence de la Halde propre à éventuellement ne pas contester une dilution de la haute autorité dans le poste de Défenseur des droits dont le périmètre n’est pas acté.
LE DEVENIR DE LA HALDE TOUJOURS INCERTAIN
Aussi, sauf à avoir demandé et obtenu des garanties sur le devenir même de la Halde comme sur son indépendance, Jeannette Bougrab pourrait n’assumer qu’une présidence de transition car l’incertitude demeure sur le sort de la haute autorité qui, par ses succès et son indépendance, avait soulevé inimitiés dans les rangs de l’exécutif et des parlementaires de la majorité comme auprès du patronat souvent ciblé. Le devenir même de l’institution est donc incertain avec la possible dilution et absorption dans le champ de compétence du futur Défenseur des droits.
La désignation de Jeannette Bougrab a été commentée sur Europe 1 par Gérard Longuet. Le sénateur de la Meuse avait déclaré sa défaveur d’une présidence assurée par Malek Boutih «parce qu’il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l’accueil de tous nos compatriotes». Réaction toute autre concernant Jeannette Bougrab, «qui un profil de juriste, d’universitaire, de haut fonctionnaire» a déclaré le parlementaire. Il souligne surtout que Jeannette Bougrab a «ce côté apaisant que je cherchais dans la fonction et donc je n’ai pas d’observation particulière autre que la satisfaction de voir qu’une institution sensible sera dirigée par quelqu’un de nuancé» sans préciser si cette nuance viendrait de son ancrage politique commun ou d’une éventuelle tempérance d’action prêtée à la jeune juriste…
Dans une interview au journal Têtu, en mai 2006, elle s’était déclarée favorable au mariage homosexuel et à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Concernant sa nomination, GayLib s’est déclaré ravi de cette désignation d’une «Amie» du mouvement LGBT associé à l’UMP, «une femme de courage, engagée depuis longtemps contre les discriminations».
Elle devra en tout cas clarifier sa position sur son indépendance d’action et sur le devenir de la Halde alors qu’associations et syndicats s’opposent à tout démantèlement larvé de la haute autorité.
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Un spot TV de la Halde, l’épisode Orientation sexuelle et emploi – Série «Flagrants délits»
24/03/2010 Actualites Gay G.L. (Photo : Jeannette Bougrab)
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GayLib salue la nomination de Jeannette Bougrab

