Faut-il mieux être innocenté à l’issue d’un procès en correctionnel que de bénéficier d’une ordonnance de non-lieu dès la clôture de l’instruction ? C’est peu ou prou la situation ubuesque qu’affronte Christophe Bridou, policier gay accusé à tort de pédophilie, escroquerie et vol.
Nous avions consacré en début d’année un long article relatif à cet ancien Chef de la police municipale de Garges-lès-Gonesse qui en 2001 et 2002 a été confronté à un Outing de la Maire UMP de l’époque, Nelly Olin, et des accusations graves de pédophilie, vol et escroquerie. Suspendu immédiatement pour faute grave par un arrêté municipal, il avait été ensuite révoqué, rayé des cadres et perdu sa qualité de fonctionnaire. Sans droits au chômage, le désormais ancien chef de la police municipale touchait le fond. Après avoir quitté son domicile, séparé de sa femme à qui l’on avait appris son homosexualité, perdu son travail, Christophe Bridou se retrouvait pour quelques années à la rue.
Son logement ? «La rue, les cabanes de chantiers le temps de quelques week-end, payé au black 40 euros pour garder le matériel et ne pas crever de froid ou le centre d’hébergement de Nanterre avec ses couvertures où grouillent la vermine et les morpions». Ses moyens de subsidence ? «La mendicité, tendre la main et faire les poubelles pour trouver de la nourriture quand on n’a pas mangé depuis plusieurs jours». Sa santé ? «Trois tentatives de suicide, la dernière avec un coma de 6 jours. L’hospitalisation en psychiatrie un mois, la camisole» et «les médicaments contre la dépression et anxiolytiques qui m’aident toujours à tenir». Ses soutiens ? «Les associations qui aident les gens dans la rue, les travailleurs sociaux». Son quotidien ? «Celui de la rue, sa violence, les SFD». Sa vie familiale ? «Je n’ai pas vu mon fils pendant 6 ans, je ne l’ai pas vu grandir». Un travail ? «J’étais anéanti et quand je trouvais un emploi dans mes cordes, dans la sécurité, j’étais viré au bout d’un mois quand la préfecture refusait l’agrément étant fiché pour l’enquête en cours». «Tu n’a plus aucun contact, repères. Tu es déconnecté» analysait Christophe Bridou dont la lente renaissance a débuté en 2005 : «J’ai trouvé sur les petites annonces de CitéGAY un emploi et un logement en même temps. Je suis gardien d’immeuble à mi-temps pour 430 euros par mois, l’équivalent du RMI. Mon quotidien, c’est cirer les escaliers et sortir les poubelles» mais «avec un logement, j’ai eu un espoir qui revenait».
Au plan administratif, il avait effectué un recours sur son préjudice lié à l’absence de traitement et d’avancée de carrière, plus de 300 000 euros à percevoir à ce seul titre sans compter la réparation du préjudice moral. Il avait de plus demandé à être réintégré dans son poste, ce que le Maire actuel, réélu au seul bénéfice d’une triangulaire avec des candidats socialiste et communistes qui n’ont pas fusionné leurs listes, avait refusé prétextant du recours administratif alors en cours pour sa réintégration et qu’il s’agissait d’une décision initiale prise par Nelly Olin et non par lui. «Pour moi, cela a toujours été ma vie la Police» justifiait Christophe Bridou.
Alors, au final, et après une ordonnance de non-lieu claire concernant l’insuffisance des charges pour les trois chefs de mise en examen, on pouvait raisonnablement estimer que Christophe Bridou allait voir, au moins en partie, sa demande d’indemnisation accueillie par la juridiction administrative indépendamment de sa demande de réintégration.
Il n’en est rien : ni réintégré, ni indemnisé alors même que le commissaire du Gouvernement abondait dans le sens de Christophe Bridou à l’audience du tribunal administratif de Cergy, qui l’a entendu le 10 juin dernier, nous rapporte ce dernier. Pour quelles raisons alors la juridiction administrative a rejeté les demandes de Christophe Bridou ? Selon le principal intéressé et un avocat qu’il a consulté, «de fortes pressions politiques ont été exercées». «Le juge rapporteur du TA n’a pas voulu prendre en compte les expertises techniques judiciaires ainsi que les différentes commissions rogatoires diligentées par le juge d’instruction du TGI, en se référant seulement à un constat d’huissier (!) et les propos qui ont été colportés par mon ancien adjoint et Nelly Olin» nous écrit Christophe Bridou.
Selon le jugement du Tribunal administratif dont nous avons obtenu une copie, les juges ont estimé que «l’ordonnance de non-lieu rendue le 20 juillet 2007 par le juge d’instruction du tribunal de grande instance de Pontoise en faveur de M. BRIDOU n’a pas l’autorité de la chose jugée» et qu’ainsi Christophe Bridou ne peut s’en prévaloir pour ses demandes Sic. Au surplus, et de manière surprenante, la juridiction administrative, a pour dédouaner la municipalité de Garges-lès-Gonesse, repris un par un les chefs d’inculpation et largement nuancé les conclusions de non-lieu du juge d’instruction pour estimer que la Mairie n’avait commis aucune faute dans les décisions disciplinaires conduisant au renvoi de Christophe Bridou.
Aujourd’hui, ce dernier attend la décision de la Cour européenne des Droits de l’Homme qu’il a saisi concernant la longueur de l’instruction pénale dont il a fait l’objet. Par ailleurs, sort en septembre prochain un livre écrit par Christophe Bridou, en collaboration avec le journaliste Mathieu Duchesne, et titré Calomnie aux éditions Hachette, «relatant toute cette affaire et surtout les conditions périlleuses dans lesquelles j’ai vécu durant bientôt 8 ans».
EN SAVOIR PLUS
Une vie brisée par une «cabale homophobe» selon le principal intéressé
L’interview vidéo accordée par Christophe Bridou au site Rue89 dans le cadre d’un article du quotidien en ligne :

Saccage

