Tout commence un soir, il y a un an ou deux, alors que je zappe frénétiquement devant ma télévision, sans trop savoir pourquoi. Comme à l’accoutumée, les programmes ne sont pas folichons et je me demande pourquoi je n’arrive pas me décoller de la télécommande, alors qu’il est tout de même 23h00 passé, et que je ferais mieux d’aller me coucher. Et puis je stoppe, médusé, devant ce jeune homme, à la fois fragile et charismatique, sur scène. C’est un reportage de M6, sur un nouvel artiste à suivre. Autant dire un programme qui me happe littéralement, au point de laisser tomber la télécommande au sol. La voix est langoureuse, sensuelle et presque murmurée, les mots sont étudiés et frappent juste, les orchestrations avec de grandes nappes de violons sont posées sur de superbes mélodies, et donnent le frisson. Je découvre Louis, jeune dandy ténébreux presque crooner, et je n’en perds pas une miette, jusqu’au magnifique duo qu’il interprète avec Virginie Ledoyen, en guise de générique de fin. Je suis sonné, c’est une révélation. Mais le temps passe, avec d’autres découvertes musicales, d’autres concerts, d’autres interviews. Jusqu’à ce que je tombe par hasard sur le site myspace de notre homme. Surprise, de nouveaux titres sont déjà en écoute, et je découvre avec stupéfaction que la sortie d’un nouvel album est imminente. Deuxième grosse claque ! Le son de Louis a maintenant pris une tournure bien plus électro, et du même coup une envergure de folie. Les mélodies sont d’une efficacité imparable. Je décide de me rendre à son show-case, et découvre un artiste déchaîné sur scène, mais en même temps touchant, comme un enfant livré à l’Arène, tentant de masquer sa timidité, derrière une mèche de cheveux rebelle. Le talent, la prestance et le show, sont au rendez-vous. Les nappes de synthés sont enivrantes, tout comme les lignes de basse, et les solos de guitares, dignes des grands groupes de rock internationaux. A la fin du show, je vais à sa rencontre. C’est décidé avec lui, dans quelques jours il viendra me parler de ce qu’il a voulu faire avec les Enfants du Siècle, ce troisième album magnifique. Nous sommes à « dans quelques jours ». L’interphone retentit, et je l’accueille avec plaisir. L’interview peut commencer…
Tof : Salut Louis, je suis content de te rencontrer car ton troisième album est tout simplement sensationnel. Ce qui est sympa aussi, c’est qu’il arrive très rapidement après son prédécesseur La nuit m’attend …
Louis : [Sourire] Oui c’était rapide mais si tu veux savoir, il est déjà terminé depuis un an en fait. On aurait pu le sortir encore plus tôt, c’est-à-dire en mars 2007, comme c’était prévu initialement! Il faut dire que dès que j’ai fini un album je pense tout de suite à l’autre. Là, par exemple, je vais faire quelques concerts et je sais que très vite je vais embrayer sur autre chose. Enfin tu sais, si c’était possible, je veux dire s’il n’y avait pas toute la promo et les « à cotés » à mettre en place, ce qui prend du temps, je ferais un album par an.
Tof : La nuit m’attend avait été écrit quasiment en discothèque …
Louis : Oui oui, il était construit autour du thème de la nuit. A l’époque j’avais travaillé avec Alexandre Azaria, qui fait des musiques de films à l’origine, et qui lui, a un son assez orchestré et grandiloquent, assez pop anglaise. Là pour le coup j’avais passé pas mal de mois à essayer de trouver le moyen de marier mon univers et le sien. Ca n’a pas été tout de suite évident: pendant 4, 5 mois j’ai été complètement bloqué. Ensuite, en recommençant à sortir et à écrire en club, ‘il y a des choses intéressantes qui se sont passées, où j’ai trouvé finalement la ligne directrice.
Tof : Qu’en est-il de ce nouvel album Les enfants du siècle ?
Louis : En fait cet album est né surtout de ma rencontre avec Yann Cortella, avec qui j’ai travaillé sur la tournée de l’album précédent, et qui joue de la basse sur scène. Il fait de la musique électronique depuis des années. Ca faisait pas mal de temps que l’idée de marier la chanson en français à de la musique électronique, me travaillait. J’avais pas mal de textes et des mélodies qui étaient assez avancées, et je lui ai demandé trois semaines pour finir l’album. Ensuite la tactique qu’on s’était trouvée, c’était vraiment d’enregistrer une chanson par après-midi. On mettait d’abord une voix témoin, ensuite tout ce qui était rythmique, basse, claviers, et puis vers 17, 18 h, on devait avoir fini la chanson et avoir toutes les bases pour que ce soit prêt à l’arrivée des musiciens. Là on avait un autre jeu qui consistait à ne leur autoriser que trois prises. On s’est rendu compte que les choses les plus intéressantes ressortaient à la première ou la seconde prise, c’est-à-dire quand il n’y avait pas encore le système de réflexion qui se mettait en place. On voulait justement avoir du sang humain, de la matière humaine brute, pour contrecarrer l’aspect un peu «mécanique des machines». Et c’est d’ailleurs généralement ce qu’on a gardé sur les prises avec les musiciens.

Crédit Photo : Laurent Delarozière / Stylisme : Jean-Paul Gaultier


