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EdiTOF n° 1 : Misère … plus rien à se mettre à la bouche ! Non vraiment ?

Laissez-moi un peu ouvrir ma grande gueule de non fumeur. Perso à l’embauche, je n’avais exprimé aucune réticence à la perspective de travailler dans un environnement exclusivement fumeur. On m’avait bien prévenu d’ailleurs !

En même temps, comment pouvais-je faire de quelconques remontrances, alors que dans ma propre famille, tout le monde fume comme 36 locomotives prêtes à démarrer en gare ?

Et puis le temps a passé, bien vite parti en fumée, jusqu’au jour où je me suis aperçu que mes vêtements fouettaient tout de même assez sérieusement, lorsqu’en rentrant du bureau ou à la sortie d’une discothèque, je les plaçais sur un cintre, et que pollution et le stress parisiens « aidant », j’éprouvais quelques difficultés à respirer, quasiment des mini crises d’asthme…

Je n’aimais déjà pas beaucoup les fumeurs, parce qu’en embrasser un, revenait quasiment toujours à mettre sa langue dans un cendrier de cendres froides, ce n’était pas pour me retrouver imprégné de leurs odeurs tenaces, alors que je m’en étais préservé jusqu’alors !

Seulement voilà, au bureau je m’étais annoncé comme définitivement non hostile au tabac, donc totalement consentant dans ma passivité à celui-ci, et il allait être plus que laborieux de changer de statut ! Engueulades gentillettes, petites affichettes placées à des endroits stratégiques, d’abord respectées puis totalement bafouées, tout y est passé … Franchement avait-on encore besoin de ça ?

En attendant on n’aura paradoxalement jamais entendu parler aussi souvent de cigarette qu’en ce moment. Une véritable torture pour ceux qui ont décidé de profiter de la nouvelle loi pour s’écraser ! La tension nerveuse est quasi palpable, les regards sont fébriles, et chaque allusion au petit cylindre blanc est presque un appel au meurtre.

Si je m’aventure à faire une remarque, c’est ma consommation de poppers, qui me revient en pleine gueule . Faut arrêter aussi ! Je ne pense pas qu’on puisse véritablement parler d’addiction dans ce cas, d’autant plus que l’usage que j’en fais est très loin d’être systématique. C’est un bonus, pas un « accompagnateur de vie », comme j’ai l’impression que le tabac peut dans certains cas être considéré … même si effectivement ce n’est sûrement pas non plus très bon pour la santé.

Enfin bref, je suis tout de même bien soulagé à l’idée que l’air va enfin devenir bientôt plus respirable. Et je me réjouis même à l’idée de pouvoir profiter sous peu et pleinement du plaisir d’un concert, sans pour autant m’attendre à avoir le souffle coupé par la fumée du voisin, ou sans risquer de me faire écraser un mégot sur le bras, en plein po-go déjanté. C’était déjà possible en Angleterre ou en Italie, où les lois sont respectées . Je me réjouis que ça le soit en France !


Ce qui se passe est tout de même un peu pitoyable, est fait bien ressortir l’hypocrisie de cette bizarre société dans laquelle nous vivons. Car s’il fallait réellement interdire tous les produits nocifs à notre santé ou à potentiel aliénant, à un degré ou un autre, il faudrait zapper en premier lieu l’alcool, les anti-dépresseurs, la télévision, Internet, ou même le Sexe et le sport, dont certains d’entre nous se qualifierons volontiers d’ « addict », qui plus est totalement assumés. Il faudrait tout bonnement interdire tout ce qui est susceptible de donner du plaisir.

La différence tout de même c’est que les dangers du tabac, et probablement de l’alcool, n’ont pas été annoncés dès le départ, et ceux-ci ont été bien vite utilisés comme instruments d’ « intégration à la société ». Combien vous diront qu’ils ne comprennent pas qu’on leur supprime un plaisir présenté au départ comme anodin, et devenu au fil du temps un moyen de « se donner une contenance », ou de ne pas paraître has-been aux yeux des copains ?

Je ne peux pas m’empêcher non plus de faire une remarque : On vient de « trouver » que le cannabis était une drogue légère, qui peut avoir les mêmes méfaits perturbants que l’alcool au volant. Souvent il est annoncé que la consommation de drogues dures est précédée de celle du cannabis. Alors dans ce cas question : Dans quelle mesure la consommation de cannabis ne serait-elle pas conditionnée par une consommation antérieure de tabac ?

Solidaire, je m’aperçois avec compassion, du sentiment d’injustice communément ressenti par les fumeurs en général, et je veux bien soutenir tout ceux qui sont disposés à se battre, y compris ceux qui ont eu besoin du prétexte d’une loi, pour arriver à leur objectif. Probablement à mon avis les plus nombreux, ils sont aussi, toujours à mon humble avis, les plus dénués de volonté d’arrêter, car petit à petit, ils en ont fini par en faire leur mode de vie. Pendant ce temps ce sont les producteurs de produits de substitution, qui doivent se frotter les mains.

Enfin, pour conclure, je ne peux pas m’empêcher d’évoquer certaines rares pensées de notre bon vieux Sigmund Freud (allez Sig, arrête un peu !), grand fumeur et un temps cocaïnomane, sur le plaisir du tabac, qu’il assimilait quasiment à la pratique bien plus charnelle du « suçotement », en fait initiée chez le nouveau-né dès la naissance, au sein de la mère . Voici ces propos qui laissent bien songeurs : « Ainsi les enfants passent-ils souvent de la succion à la masturbation […] Tous les enfants ne suçotent pas. Il est à supposer que c’est le propre de ceux chez lesquels la sensibilité érogène de la zone labiale est congénitalement fort développée. Si cette sensibilité persiste, l’enfant sera plus tard un amateur de baisers, il recherchera les baisers pervers et, devenu homme, il sera prédisposé à être buveur et fumeur […]. », et plus loin : « J’en suis venu à penser que la masturbation était l’essentielle grande habitude, le « besoin primitif » et que les autres besoins, tels ceux d’alcool, de morphine, de tabac, n’en sont que les substituts, les produits de remplacement. »

Alors là je m’adresse aux fumeurs qui souhaitent arrêter et je leur dis … Huuuum, ben vous savez ce qui vous reste à faire maintenant !





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LESBIA MAGAZINE JANVIER 2007

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