in

Décès de l’abbé Pierre

Même les non-croyants ne douteront pas que s’il y a un paradis, le vieil abbé vient d’y rentrer. Disparu ce matin, l’abbé Pierre dont les coups de colères et les actions ont laissé une oeuvre humaine formidable, avait fait son testament moral lors de son dernier ouvrage d’entretiens fin 2005.

Figure préférée des français, même s’il n’apparaissait plus, à sa demande, dans le sondage annuel du Journal du dimanche, le fondateur des compagnons d’Emmaüs avait publié un recueil de méditations coécrit avec Frédéric Lenoir. S’il revenait sur ses engagements auprès des plus démunis et des laisser pour compte et autres sans toits, l’abbé Pierre s’était positionné également sur les questions sociétales et sacerdotales.

A 93 ans, l’abbé déclarait avoir «connu l’expérience du désir sexuel» et se prononçait pour le mariage des prêtres, l’ordination des femmes ou encore «l’alliance des couples homosexuels».

Bien qu’il ne confessait que des expériences ponctuelles et qu’il ne s’était jamais engagé dans des relations longues et affectueuses, l’abbé avouait avoir «fait le voeu de chasteté (…). Cela n’enlève en rien la force du désir, et il m’est arrivé d’y céder de manière passagère. Mais je n’ai jamais eu de liaison régulière car je n’ai jamais laissé le désir sexuel prendre racine (…). J’ai donc connu l’expérience du désir sexuel et de sa très rare satisfaction, mais cette satisfaction fut une vraie source d’insatisfaction, car je sentais que je n’étais pas vrai».

Pour remédier aux crises des vocations, l’abbé Pierre appelait également à l’ordination des hommes mariés, et balayait la position officielle sur l’ordination des femmes d’un revers sans ambiguïté en affirmant n’avoir «jamais compris pourquoi Jean Paul II et le cardinal Ratzinger (NDR : l’actuel Pape Benoît XVI) avaient affirmé que jamais l’Eglise n’ordonnerait des femmes. Une telle affirmation suppose que cette pratique serait non conforme à la substance même de la foi chrétienne (…). Le principal argument avancé, c’est que Jésus n’a choisi aucune femme parmi ses apôtres (…). Pour moi, cet argument n’a rien de théologique mais relève davantage de la sociologie».

Sur le mariage gay, l’abbé Pierre déclarait préférer le terme d’«alliance» plutôt que le mot «mariage», à ses yeux «trop profondément enraciné dans la conscience collective comme l’union d’un homme et une femme »». L’abbé jugeait le mot «alliance», «tout aussi beau et moins étroitement marqué dans l’usage social?», à défaut cela «créerait un traumatisme et une déstabilisation sociale forte».

Sur l’homoparentalité, l’abbé Pierre était plus nuancé jugeant la question «d’une grande complexité» et qui «ne peut être traitée légèrement». L’abbé tenait à préciser que l’on doit s’assurer que les enfants ne subissent pas de préjudice psychologique ou social car «ce serait à mes yeux la meilleure raison qui pourrait interdire l’homoparentalité. Pour le reste, on sait tous qu’un modèle parental classique n’est pas nécessairement gage de bonheur et d’équilibre pour l’enfant».

Au-delà des actions auprès des plus pauvres du fondateur des compagnons d’Emmaüs, son oeuvre et son héritage dépasse les seules questions sociales. «Sur ma tombe, à la place de fleurs et de couronnes, apportez-moi les listes de milliers de familles, de milliers de petits enfants auxquels vous aurez pu donner les clés d’un vrai logement».

Plus de 50 années de combat. Un combat toujours d’actualité.

EN SAVOIR PLUS

Le site de la Fondation Abbé Pierre : http://www.fondation-abbe-pierre.fr

Le site d’Emmaüs : www.emmaus-france.org





Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

EQUIVOK TV N 03

France (Les associations contre l’amendement relatif au programme d’accompagnement des malades par les laboratoires) …