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Cameroun : tirs à boulets rouges sur des gays présumés

Dans un contexte d’homophobie important, des journaux camerounais publient des listes d’hommes politiques ou d’officiels présentés comme homosexuels. Les ventes des titres de presse concernés ont été dopées par ces pseudos révélations alors même qu’aucun fait avéré ne vient étayer ces écrits.

Parmi les personnes visées, dont des ministres en exercice, beaucoup ont déjà porté plainte alors que l’on estime que le climat politique est pour beaucoup dans cette chasse aux sorcières déguisée. La Météo, l’Anecdote et Nouvelle Afrique sont les trois journaux qui ont publié ces listes alors que l’homosexualité demeure un délit, passible de lourdes peines. L’article 347 bis du code pénal stipule que toute personne reconnue coupable d’homosexualité encourt « un emprisonnement de six mois à cinq ans » et « une amende de 20000 à 200000 francs CFA ».

Des actes homophobes répétés ou des arrestations de gays présumés sont nombreux et les articles de ces journaux participent à une homophobie sociale, institutionnelle et religieuse au sein du pays. On ne trouve pas d’opposants publics à ces journaux qui, au contraire, semblent bénéficier du soutien de la population, de la presse dans son ensemble, et de la complaisance des corps constitués. Le journal en ligne africk.com rapporte, dans un long article, les propos tenus lors de son homélie du 25 décembre par l’Archevêque de Yaoundé Victor Tonye Bakot qui a dénoncé les relations entre personnes du même sexe : « Je dois vous dire que l’homosexualité est un complot contre la famille et le mariage. Ne l’acceptons pas chez nous. Ce sont des moeurs contre nature (…) On expose gravement nos jeunes à cette perversion morale à cause du pouvoir de l’argent. Pour un poste de travail, une entrée dans une grande école, on contraint nos jeunes à l’homosexualité que l’on veut légaliser. (…) L’homosexualité est donc une perversion contre laquelle il nous faut lutter tous ». A l’occasion de la fête du mouton, le 10 janvier dernier, le cheik Ibrahim Mbombo a, pour sa part, dénoncé l’homosexualité et la pédophilie, qu’il juge « avilissantes ».

De nombreux pays africains pénalisent les relations homosexuelles, l’homosexualité demeure un sujet particulièrement tabou sur ce continent. Le comité Belge de l’organisation de défense des Droits de l’Homme, Amnesty, avait dénoncé en décembre dernier la situation dans laquelle se trouvaient onze hommes au Cameroun, emprisonnés du fait de leur homosexualité présumée, et le climat d’hostilité envers la population LGBT qui se dégradait en Ouganda.

Concernant l’Ouganda, Amnesty dénonçait le climat d’hostilité perdurant dans le pays envers la population LGBT et rappelle une série d’actes homophobes, actes effectués à la demande et par les institutions du Pays, notamment sur ordre du Président ougandais. L’organisation dénonçait également une série de dispositions législatives discriminatoires et qui répriment l’homosexualité dans le pays. Pour finir, Amnesty soulignait le harcèlement dont sont victimes des militantEs LGBT ougandaisES.

En novembre dernier, Louis-Georges Tin, fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, dénonçait dans un communiqué la situation extrême que subissait son correspondant ougandais suite à l’arrestation dont il avait été victime à Kampala, la capitale. Le nom du correspondant est tenu secret pour des raisons de sécurité mais il s’agit d’un pasteur, arrêté par la police locale alors qu’il était en prière avec ses fidèles.

Egalement, en 2005, la situation de deux nigérians avait ému la communauté internationale suite à leur arrestation et un long procès. La mobilisation des organisations LGBT et de défense des droits de l’Homme a permis leur acquittement, début décembre, alors qu’ils risquaient la peine de mort pour des relations homosexuelles qui n’ont jamais été prouvées.

A l’initiative de la Nouvelle Zélande, un appel cosigné par un nombre important de pays a été adressé au Président de la Commission des Droits de l’Homme à l’ONU lors de la dernière cession achevée au printemps dernier pour l’adoption d’une résolution s’opposant aux discriminations et aux violences liées à l’orientation sexuelle. Cet appel a été vain. La Commission avait entamé l’examen d’une résolution, présentée par le Brésil, intitulée « Droits de l’homme et orientation sexuelle » (E/CN4/2003/L92). La résolution n’avait pas été adoptée en 2003 et 2004 lors des précédentes sessions ni à celle de cette année.

En attendant, des homsexuelLEs continuent de part le monde à subir une répression sociale et institutionnalisée au mépris des droits de l’Homme.

EN SAVOIR PLUS

L’article sur afrik.com relatif à la situation camerounaise : www.afrik.com

Le site du comité IDAHO : www.idahomophobia.org

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