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L’HOMME MARIE

Entre Austin et Grand Julien, tout commence par une rencontre on ne plus classique, celle d’un homo de la cinquantaine, légèrement bedonnant, et celle d’un architecte hétéro, prototype même du petit bourgeois de province. Bien qu’ayant délaissé les plans drague depuis longtemps, Austin, épicurien éminent spécialiste en ébénisterie française, ne peut s’empêcher de sortir le « grand jeu » à ce type, certes un peu has-been côté look, mais si intelligent, si cultivé et si malheureux dans sa pseudo peau d’hétéro marié à une chercheuse-ethnologue.
Saint-Bernard, ce cher Austin ? Peut-être mais sans doute aussi ne s’est-il pas remis de sa rupture avec Petit Julien, jeune gigolo de première mais si rassurant en public. Cet homme n’a-t-il pas aussi peur de finir seul, lui qui se sait séropositif et dont les jours sont comptés ? Très vite, le roman d’Edmund White se démarque de ses congénères ayant exploité ce « fameux » filon amour-HIV par un style propre et une écriture à la fois légère et profonde mettant en avant les Sentiments Humains. En effet; très vite se sent-on absorbé par cette rencontre de tous les possibles alors que tout semble séparer dès le départ les protagonistes de ce roman : origines, âge, situation professionnelle et sociale, niveau de vie, etc.
C’est donc entre un Paris mondain, une Providence archaïque, un Mexique touristique, mais aussi une Venise surannée, un Maroc authentique et un Nancy petit-bourgeois que nous vibrons aux côtés d’Austin, que nous découvrons Grand Julien et ses terribles secrets, que nous nous attendrissons devant l’inconstance et la souffrance de Peter, que nous jouons avec Ajax, etc. Pages après pages, Edmund White explore avec une sensibilité toute propre le monde des sentiments, de l’amour mais aussi du doute, de la déchéance et de l’impossible sans pour autant sombrer dans la facilité, le scabreux, le voyeurisme et le malsain. Bien au contraire.
Dans ce jeu contre le temps, jeu dans lequel les donnes ne sont jamais définies à l’avance et dans lequel tout peut basculer en moins de deux, Edmund White nous montre à quel point aimer est vital et que, comme le disait déjà Ronsard, c’est au jour le jour qu’il nous faut aimer et ce, bien au delà de toute spéculation.




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