Depuis longtemps dj, les automobilistes ont pris cette dtestable habitude d’acclrer quand le feu passe l’orange, au lieu de ralentir comme le prvoit pourtant le Code de la route. Depuis un certain temps, leur technique s’est nettement amliore. Ils passent au rouge. L’oil riv non plus sur les feux, mais sur la signalisation destine aux pitons, ils dmarrent quand le bonhomme, indiquant au pauvre bipde l’imminence du danger, passe au rouge, ignorant tout btement le feu qui lui, n’est toujours pas pass au vert. Une faon subtile d’enfreindre la rgle sans se sentir coupable vis–vis du piton qu’ils n’osent pas encore craser. Certains connards n’ont mme pas ce genre de scrupules et sont persuads que les feux ne sont l que pour leur pourir la vie et user leurs plaquettes de freins. Si par malheur vous vous trouvez sur leur chemin, ils vous engeulent aprs avoir failli vous renverser et rayer leur peinture. une poque, j’avais la ferme intention de crer une socit secrte, une sorte de groupe terroriste dont la principale activit aurait t de crever les pneus des voitures et de taguer des slogans colos sur leur carrosserie. Le piton opprim que je suis a vite abandonn cette ide dangeureuse pour sa libert. C’est l’ge. Je partais alors du principe que l’antriorit du piton sur l’automobiliste lui confrait un droit incontestable, et que sa vulnrabilit naturelle imposait fatalement le respect. Un principe la con qui ne rsiste pas cette loi universelle et naturelle : celle du plus fort. Il faut se rendre l’vidence. Dans la jungle d’asphalte que nous arpentons quotidiennement, c’est le seul principe qui tienne la route. si j’ose m’exprimer ainsi. Evidemment, on pourrait en appeler la compassion, voire la piti de l’homo-automobilis, en brandissant le spectre de la pollution ; on pourrait galement en appeler son sens civique. Mais autant pisser dans un violon, comme dirait ma grand-mre, qui risque sa vie tous les jours en allant chercher son pain. Ma seule consolation est de savoir que l’air le plus pollu se trouve l’intrieur mme des voitures. Le hasard a parfois des allures de justice. Aprs avoir essay le vlo, m’tre pay des frousses bleues et une sinusite chronique, aprs avoir fait une malheureuse tentative en rollers et renvers une vieille, je me pose la question. Et si j’achetais une voiture ?
Thomas Primo
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