All that Shazz
Chaque semaine, vous retrouvez dans votre magazine prfr le coup de la semaine, un coup de cour musical que j’ai envie de vous faire partager. Cela fait dj un an que a dure et j’avoue que, parmi ces coups, certains m’ont davantage marqu que d’autres, un point qu’ils ne sont pas seulement des coups de la semaine, mais des coups de cour qui restent prs de moi, qui tournent sur ma platine au moins une fois par semaine et qui me font toujours autant d’effets. Je n’irai pas jusqu’ vous dire lesquels parmi ceux chroniqus, mais une chose est sre, le coup de cette semaine fera partie de ceux-l, car le premier album de Shazz a ce petit quelque chose en plus qui fait qu’on s’y accroche pour ne plus s’en dfaire. Un sentiment semblable celui qu’on ressent quand nat une passion amoureuse, quelque chose qui, quoiqu’il arrive, vous marque intrieurement. Six ans aprs son premier maxi sorti sur la division Dance de Fnac Musique, Shazz sort enfin son premier album chez Columbia. Bien que l’artiste soit franais, il ne faut surtout pas tomber dans les clichs faciles, parfois trop strotyps de la house franaise, car le son de Shazz est bien particulier. Que les morceaux soient plutt soul, jazz ou house, il se dgage toujours une sensibilit magique, quelque chose de tendre et sensuel, des sonorits, des voix, qui vous caressent dlicatement et vous sduisent. On ferme les yeux, mais surtout pas les oreilles, et Shazz nous invite voyager dans des mondes riches en couleurs et en images. Aprs tout, Shazz n’est pas seulement compositeur. Romantique ? Peut-tre, mais a pourrait prter confusion, ce terme est trop pjoratif. Pote ? Srement. Celui qui vous dit avec des notes ce que d’autres crivent si bien avec les mots. Celui qui vous suggre mais qui ne dit pas tout. Celui qui guide votre imagination sans pour autant tout imaginer pour vous. Celui qui vous ouvre l’esprit, qui berce vos oreilles et repose votre me. Sans pour autant oublier le rle des instruments : les cuivres (Pierre-Olivier Govin, saxo et Serge Adam, trompette) dgagent une chleur humide, juste ce qu’il faut, mais jamais torride. Juste assez pour se dtendre, se sentir bien. La basse (Michel Leroux) vous effleure et le piano (Alejandro del Abelgal), cet instrument fantastique qui peut faire sourire ou pleurer apporte une touche de magie supplmentaire. Shazz ne cache pas son inspiration. Elle vient du cour et de tous les gens qui le font battre, d’une faon ou d’une autre. Parmi eux, il y a srement des amis, des intimes, mais aussi des artistes. Ryuchi Sakamoto, Maxwell, Erika Badu et Babyface pour le charme, la tendresse, les sentiments et l’amour. Et Master at Work, Lil’ Louis, Larry Heard, Francois K ou encore les pionniers Kraftwerk pour l’univers house et groovy, os, avant-gardiste, qui ont sans aucun doute boulevers un jour ou l’autre Shazz. Shazz aurait voulu remercier tous ces inspirateurs par son album qu’il n’aurait pas pu mieux faire. Mais ce n’est pas que a, bien videmment. Il y a en plus, et surtout, travers toutes ces musiques un homme qui s’est senti, l’espace d’un morceau, impudique sentimentalement parlant. C’est peut-tre l, d’ailleurs, la raison pour laquelle cet album est si touchant. On ne peut pas parler d’un titre en particulier. On ne peut que parler de l’ensemble, de l’album. Car chacun des titres est indissociable des autres. Liriez-vous un roman en sautant des chapitres ? Non. Alors, laissez vous aller l’espace de cet album, laissez vous transporter vers des univers o la sensibilit se dgage de tout ce qui vous entoure. Et si vous croisez par hasard des personnes que cet album laisse totalement indiffrent, ne leur en voulez pas. Ils n’ont pas un cour de pierre, non. Ils sont probablement sourds.
Shazz, premier album, CD
Chez Columbia / Sony


