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Homosexuel en Tunisie: ''J'ai refusé le test anal, les policiers m'ont torturé''


La justicie tunisienne a suspendu les activités de Shams, une association de lutte contre la pénalisation de l'homosexualité. Comme le raconte son président, Yadh Krendel, en Tunisie, les homosexuels sont harcelés.



"L'association Shams reçoit tous les jours des dizaines d'appels à l'aide d'homosexuels et de transsexuels exclus par leurs familles, harcelés dans la rue, victimes de violences physiques et au bord du suicide. On estime que le taux de suicide chez les homosexuels en Tunisie est cinq fois supérieur à celui des hétérosexuels. Le virus de sida se propage de manière alarmante dans la communauté LGBT du Grand Tunis, notamment à cause de la marginalisation des homosexuels et de l'absence totale de moyens de prévention auprès de cette communauté non reconnue par l'Etat.

Appels au meurtre, pressions, harcèlement

Depuis l'obtention de son autorisation, le 18 mai 2015, l'association Shams - qui lutte contre la pénalisation de l'homosexualité en Tunisie - et ses membres sont harcelés par le gouvernement et les religieux tunisiens.

Le gouvernement a intenté deux procès en vue de la dissolution de l'association. Un troisième est en cours. Le local de Shams a été attaqué par des inconnus, plusieurs fois, sa porte a été forcée. Des imams appellent au meurtre de ses membres. L'un d'eux, Bouhdid Belhadi, a été menacé de mort par des salafistes et est forcé de vivre dans le local. Le vice-président de l'association, Ahmed Ben Amor, a été agressé au couteau par son père, expulsé de chez lui. Il a dû fuir sa région de Monastir pour vivre à Tunis. Dernièrement, après une agression, il a été violenté et a subi des attouchements sexuels de la part de policiers lorsqu'il a porté plainte. Quand il a voulu faire constater l'agression par une médecin, celle-ci a ordonné, dans une lettre, de lui faire subir un test anal... Un exemple parmi tant d'autres.

Actuellement, les membres de Shams sont menacés d'une plainte au pénal pour attentat à la pudeur et incitation à la débauche. L'ancien ministre Abdellatif El Mekki, affilié au mouvement islamiste Ennahdha, a demandé, devant le Parlement tunisien, la dissolution de Shams. Il accuse les homosexuels d'être utilisé comme instruments de torture contre les prisonniers politiques dans les prisons, augmentant ainsi le degré de persécution de la communauté LGBT. Face à cela, le gouvernement est de mauvaise foi. Il prétend que Shams n'a pas de statut légal - ce qui est faux - et tente ainsi de placer les membres de l'association hors la loi. Toute action publique est impossible.



Dans une émission de deux heures diffusée sur la chaîne Zitouna TV, les membres de l'association ont été traités de pervers, de vermine, de merde. Un imam va jusqu'à appeler au meurtre, à la lapidation, à la crémation ou à jeter ses adhérents du haut des immeubles. Dans un média égyptien, le président de la République tunisienne a affirmé que l'article 230, qui criminalise l'homosexualité et la punit de trois ans de prison, ne sera pas aboli de son vivant - l'ancien ministre de la Justice Mohamed Saleh Ben Aissa a été limogé après avoir soutenu cette abolition. Selon nos estimations, plus de 100 personnes sont emprisonnées chaque année en vertu de l'article 230. La transsexualité est également punie par la loi, de six mois de prison.

"Baisse-toi comme si tu allais faire la prière »

Parmi les personnes arrêtées "pour homosexualité", six étudiants ont été condamnés par le tribunal de première instance de Kairouan à 3 ans de prison et à un bannissement de la ville d'une durée de 5 ans. Jihed (le prénom a été modifié) est l'un d'eux. Il a raconté à Shams les conditions de son arrestation, après que les policiers ont perquisitionné le foyer universitaire et trouvé une vidéo porno gay sur un ordinateur, et ce qui a suivi. "J'ai refusé de subir le test anal dans le cabinet du médecin, j'ai alors été roué de coup et torturé physiquement et mentalement. J'ai fini par abdiquer", raconte ce jeune homme de 19 ans. Il n'oubliera pas l'expression utilisée par le médecinavant d'introduire un instrument dans l'anus du jeune homme et procéder à l'examen: "Baisse-toi comme si tu allais faire la prière". "La maison d'arrêt est une sorte de tombe collective", continue le prisonnier, mais la prison fut encore plus cruelle.

"Les abus ont commencé dès la première minute de la part des gardes. Ils nous ont fait dormir à même le sol, sans couvertures ni matelas [...] Le lendemain, les agents nous ont emmenés chez le barbier. Ils nous ont rasés la tête tout en nous frappant et nous insultant [...] Je suis malade et j'ai un traitement à prendre au quotidien. Chaque jour, en m'accompagnant pour la prise, l'agent me harcelait, s'adonnait à des attouchements sur mon corps, et me frappait sur des endroits sensibles", ce qui n'a fait qu'empirer la situation psychologique et médicale de Jihed.

Summum de l'horreur, les moments où les matons les convoquaient. "A chaque fois qu'ils s'emmerdaient, ils demandaient à ce qu'on nous amène à eux pour se divertir un peu... Plus d'une quinzaine d'agents nous faisaient subir des passages à tabac avec des bâtons, nous obligeaient à nous agenouiller pour mieux pouvoir nous rouer de coups avec leurs pieds, nous insultaient, puis nous accrochaient et nous faisaient subir la torture de l'eau. Ils ne nous relâchaient que lorsque nous étions à bout," se souvient le prisonnier.

"Les autres détenus nous battaient, nous touchaient »

Jihed raconte aussi que les agents ont fait exprès d'ébruiter auprès des autres détenus la nature de leur délit, transformant leurs nuits en cellule en longs cauchemars. "Les autres détenus nous battaient, touchaient nos parties intimes, nous enlevaient nos vêtements. Leur chef disposait les autres prisonniers en cercle autour de nous et nous mettait au milieu, puis nous frappait avec un bâton afin qu'on danse. Ils nous posaient des questions très intimes. Si on répondait, on nous frappait. Si on ne répondait pas, on nous frappait également."

Leur détention s'est transformée en lutte féroce contre des tortionnaires bourreaux, des violeurs. Ils ont été privés de sommeil, les menaces des codétenus aidant. "Tu verras ce que je te ferai dès que tu auras les yeux fermés." "Après deux semaines d'horreur et de torture, j'ai pris les médicaments d'un autre prisonnier souffrant d'un problème de glycémie, parce que je voulais me suicider: j'ai haï la vie, j'ai perdu espoir, je ne pouvais ni dormir, ni vivre. Même la nourriture et les vêtements que nous ramenaient nos proches étaient confisqués [...] Même après ma sortie de prison, je ne peux plus vivre: la vie s'est obscurcie pour moi, je n'arrive plus à communiquer avec ma famille, à sortir de ma chambre, mes études sont foutues, ma vie est foutue. Je ne peux plus affronter quiconque... Mon pays m'a détruit, oppressé, brisé."

Source : L'Express


13/01/2016 Actualites Gay

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