Réponses des présidentiables socialistes sur les questions LGBT
A minima et floues pour Royal, rassurantes et engagées pour Fabius, convaincantes et poussées pour DSK... ()
Dans le cadre de la campagne interne d'investiture du candidat socialiste pour les présidentielles, l'association Homosexualités Et Socialisme (HES) a organisé, le 11 novembre à Paris, un débat entre les représentants des trois candidats qui solliciteront les suffrages des militantes et des militants du PS le 16 novembre prochain. Les trois représentants étaient Christophe Chantepy, président de Désirs d'Avenir (pour Ségolène Royal), Marie-Pierre de la Gontrie, vice-présidente de la région Ile-de-France et Adjointe au Maire de Paris (pour Dominique Strauss-Kahn) et Laurence Rossignol, secrétaire nationale du PS et vice-présidente de la région Picardie (pour Laurent Fabius).
Pendant ce débat, les trois candidats se sont engagés sur la méthode qui sera choisie pour transcrire dans la loi l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe, inscrite dans le projet socialiste rapporte dans un communiqué HES. Ainsi un projet de loi unique sera proposé et défendu par le Gouvernement et soutenu par le Président de la République sans par ailleurs qu'un pré-calendrier soit établi ou que l'on sache si ce projet de loi fera partie des premières actions en cas de victoires aux élections de 2007.
En sus, HES a soumis aux trois candidats un questionnaire de 17 items sur cinq thématiques : lutte contre les discriminations liées à l'orientation sexuelle et à l'identité de genre, amélioration du Pacs et ouverture du mariage, homoparentalité (adoption, PMA, autorité parentale), réforme des droits d'asile et au séjour, prise en compte des questions trans.
Dans l'ensemble, la réponse de Ségolène Royal aux militants LGBT socialistes se limite à une lettre de bonnes intentions qui tout en reprenant les propositions du parti sur ces questions laisse planer le flou quand à une réelle volonté personnelle de s'engager sur ces questions voire limite la portée de ses engagements quant à la méthode à adopter, au calendrier et une éventuelle subordination à des évaluations, appels participatifs, méthode des petits pas en filigrane. A l'opposé, Laurent Fabius comme Dominique Strauss-Kahn ont répondu sans ambiguïtés et réaffirmé sans détour leurs engagements sur ces questions avec des propositions concrètes et didactiques.
Les points notables pour chaque prétendant :
Concernant Ségolène Royal : Favorable à un renforcement de la HALDE, l'élue poitevine place comme «impératif fondamental de faire de la lutte contre toutes discriminations (...) un enjeu éducatif» et un «élément central des négociations collectives et du dialogue social». Toutefois elle minimise la portée de la loi, «barrière de papier», et fait un simple appel aux acteurs sociaux et éducatifs sur le sujet sans propositions concrètes. Sur le Pacs, elle considère qu'il s'agit d'un «statut du couple à préserver et améliorer», accueillant l'ouverture du mariage civil aux couples homosexuels comme la «continuité de la proposition de loi déposée le 28 juin dernier par le groupe socialiste à l'Assemblée nationale» pour réaliser «l'égalité des droits et des devoirs.». Rappelant le fait qu'elle avait reconnu, Ministre, l'APGL, Ségolène Royal affirme que «Ce qui importe, en matière d'adoption, c'est que l'intérêt de l'enfant soit préservé par la qualité du projet familial et les homosexuels doivent, comme les hétérosexuels, avoir la possibilité de faire valoir la qualité de leur projet familial dans le cadre de la procédure d'adoption.». Toutefois, et on peut se demander si la candidate PS avance une limite sur le sujet, elle indique vouloir «conduire ces réformes avec tact mais détermination, pour convaincre une majorité de Français sur des sujets à propos desquels on connaît leurs réticences. Mais l'explication et l'appui sur des principes stables devraient faire bouger les lignes.». Quid si l'opinion publique demeurait majoritairement hostile à une évolution sur ces sujets ? Les mêmes réticentes semblent poindre dans les réponses de Ségolène Royal concernant l'accès médicalemant assisté à la procréation, elle indique souhaiter une «réévaluation» tout en repoussant cette possibilité après les questions du mariage, du pacs et de l'adoption. Sur la maternité pour autrui, comme pour les autres candidats sauf peut-être DSK, elle y est «opposée» pour des questions éthiques légitimes. Conformément à Laurent Fabius qui avoue son peu de connaissances sur le sujet, et comme DSK, Ségolène Royal adopte les propositions socialistes sur les questions Trans' : dépsychiatrisation, parcours unique.
Les réponses complètes de Ségolène Royal (Format PDF) : Ici.
Concernant Laurent Fabius : Contrairement à Ségolène Royal qui minimise la portée de la loi sur le sujet, l'ancien Premier ministre va au-delà en se disant ouvert à une modification de la constitution pour intégrer l'orientation sexuelle, le sexe et l'identité de genre même «Si cela suppose de compléter l'article 1, je n'y suis pas hostile, même si je suis attaché à ce qu'il garde une certaine concision». Faisant l'égal constat de l'insuffisance des moyens de la HALDE, Laurent Fabius croit également aux vertus de l'éducation mains en allant beaucoup plus loin et brisant un tabou : «Il ne s'agit pas seulement d'apprendre aux uns à respecter les autres. Il s'agit aussi d'aider les jeunes qui découvriraient leur homosexualité à la vivre sans souffrance. Lorsqu'on connaît le taux de tentatives de suicides chez les jeunes homosexuels, il me paraît important que leur orientation sexuelle soit déculpabilisée et qu'une réalité soit claire : c'est l'homophobie qui est punissable, pas l'homosexualité !». Sur le Pacs et le mariage, Laurent Fabius est d'avantage favorable à une simple et pleine ouverture du mariage qu'à une modification substantielle du Pacs, mais avec une logique compréhensible : «Je suis favorable à l'ouverture du mariage pour les personnes du même sexe. D'où ma position : il faut maintenir le PACS et préserver sa spécificité.». Sans les précautions langagières de Ségolène Royale, Laurent Fabius se déclare comme DSK favorable au mariage, ajoutant qu'il s'agit d'une «réforme que le gouvernement de gauche devra conduire dans les meilleurs délais». Sur l'adoption, Laurent Fabius souhaite d'abord ouvrir le droit à l'adoption simple puis voir s'il faut élargir la possibilité aux adoptions plénières mais cela doit s'inscrire dans une réforme complète du droit de la famille. Contrairement à Ségolène Royal, sur le droit à l'insémination, Laurent Fabius croit «que l'hypocrisie qui consiste à défendre la loi française en fermant les yeux sur ce qui se passe en Belgique a assez duré.» mais s'oppose également aux solutions de mères porteuses. Sur les questions Trans' et sur le droit d'asile des LGBT, comme ses adversaires socialistes, Laurent Fabius accueille les revendications associatives.
Les réponses complètes de Laurent Fabius (Format PDF) : Ici.
Concernant Dominique Strauss-Kahn : Le plus prolixe sur le sujet est également celui qui porte parmi les 3 challengers depuis le plus longtemps les revendications LGBT. DSK va le plus loin concernant la lutte contre les discriminations estimant que «En matière d'homophobie, il faut soutenir tout ce qui favorise la mobilisation de nos consciences citoyennes. En ce sens, instaurer le 17 mai «journée mondiale contre l'homophobie» est une idée judicieuse» mais se déclare également favorable à «la réforme de notre Constitution, et de son article 1er qui devrait inclure, dans notre pays, l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d'orientation sexuelle ou d'identité de genre.». Comme Laurent Fabius, DSK appelle à une «éducation aux questions de la sexualité» dénonçant une politique du «silence» sur le sujet et les «conséquences désastreuses, notamment pour la jeunesse». Sur le Pacs et le mariage, les positions progressistes de l'élu de Sarcelles sont connues mais DSK prévient que «Si par «union civile», on entend une forme d'union réservée à une catégorie de la population (par exemple : une union civile réservée aux homosexuel-le-s) ou excluant la parentalité (par exemple : un mariage «au rabais», sans l'adoption) : je m'oppose fermement à de telles approches communautaristes et discriminatoires.». Sur la méthode et comme Laurent Fabius, DSK entend porter l'ouverture du mariage civil aux couples homosexuels, «intégrant l'ensemble des conséquences de celui-ci, y compris sur la parentalité et l'adoption», par une loi qui «devra être expliquée aux Français, par le Président de la République lui-même et déposée comme un projet de loi gouvernemental.». Ce projet de loi devrait être «présenté dès le début de la nouvelle législature». Le mieux disant sur l'adoption, DSK souhaite «l'alignement des conditions d'adoption sans distinction de sexe, d'orientation sexuelle ou de statut du couple. Ceci vaut, aussi, pour l'adoption plénière» prévient-il. Sur la PMA et la gestation pour autrui DSK souhaite «l'égalité réelle» mais «ces deux questions soulèvent des sujets qui ne relèvent pas directement de l'égalité des droits, mais de la bioéthique. Je ne crois pas que le débat soit suffisamment avancé au sein de notre société sur cette question : il faut donc le poursuivre et l'approfondir avec l'ensemble des acteurs concernés.». Comme pour les deux autres prétendants à l'investiture socialiste, DSK rejoint les propositions du parti sur les questions Trans' et de droit d'accueil des étrangers LGBT.
Les réponses complètes de Dominique Strauss-Kahn (Format PDF) : Ici.
Le premier tour des élections internes de désignation du candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2007 aura lieu jeudi prochain. Un éventuel second tour est programmé le 23 novembre. Sont appelés à voter 218711 militantEs inscritEs avant le 1er juin et à jour de cotisation.
EN SAVOIR PLUS :
Le site de HES : www.hes-france.org
Débat télévisé socialiste conforme aux engagements sur le mariage gay et l'adoption






